LE RUSSE AIME LES BOULEAUX – Olga GRAJSNOVA

Par la nouvelle voix de l’avant-garde littéraire berlinoise, un premier roman coup-de-poing, l’odyssée bouleversante d’une jeune femme en fuite, qui s’élève en porte-parole de toute une génération à la fois cosmopolite et en quête d’identité. Mascha est juive, azerbaïdjanaise, russe, allemande. Dans son monde, toutes les langues et les cultures se mêlent. « Immigré », « identité », « patrie » : ces mots ont le don de l’énerver.

Elle ne connaît pas de frontière, et sa seule patrie, c’est Elias, son petit ami. Avec lui, à Francfort, Mascha essaie d’oublier les horreurs qu’elle a vécues enfant à Bakou, avant que sa famille émigre en Allemagne pour fuir les massacres. Mais, quand Elias meurt brutalement, elle ne peut plus rester. Israël, voilà où aller. Et pourtant, là-bas aussi, les fantômes du passé la rattrapent, se mêlant aux images terribles du présent, et la poussant toujours plus loin, à la recherche d’un endroit où se sentir enfin chez soi…

Le russe aime les bouleaux est un premier roman qui, pour ceux qui s’intéresse ne serait-ce qu’un peu au monde qui les entoure, se révèle d’une douce brutalité. Rien dans ce titre aussi mystérieux que poétique, ni sur cette couverture simple et élégante ne laisse présager la cinglante profondeur de ce roman. C’est à travers le prisme de la douloureuse histoire de Mascha, une jeune femme forcée par les aléas de l’Histoire à endosser une identité multiple que Olga Grjasnowa aborde des thèmes aussi douloureux que communs à nos sociétés modernes : la quête de l’identité et le besoin viscéral d’appartenance à un groupe, à une culture.

D’une écriture qui oscille entre rugosité et douce mélancolie, l’auteur réussit de manière magistrale à faire ressentir au lecteur le désarroi et la perte de repère de Mascha azerbaïdjanaise-russe devenue allemande, mais aussi de ses amis issus comme elle de l’immigration : Sami son premier amour libanais grâce à qui elle parle arabe et Cem son meilleur ami turc. Tous se sentent floués par un multiculturalisme qu’on leur a tant vanté, mais qui à aucun moment n’a tenu ses promesses. Comment se sentir assimilé dans un pays qui ne voit dans ces nouveaux arrivants que de futurs hommes et femmes indignes de faire de longues études parce que venant d’ailleurs, et ne possédant à leurs yeux pour seul bagage que leur statut d’étranger ? Comment s’accomplir dans sa vie qu’elle soit personnelle ou professionnelle lorsque l’on est un déraciné, issu de plusieurs cultures, mais que l’on ne se reconnaît dans aucune d’entre elles ?

Avec Le Russe aime les bouleaux, Olga Grjasnowa signe un premier roman aussi fort que passionnant, une analyse fine de ces maux qui gangrènent nos sociétés contemporaines, une plongée vertigineuse dans les dédales de la quête identitaire. Un roman doux et fort à la fois, un roman de cette rentrée littéraire d’hiver empreint d’une certaine grâce à ne surtout pas manquer..

Édition présentée : Le russe aime les bouleaux, Olga Grjasnowa

Éditions les Escales

2014, 320 p.

Continue Reading

ZONE DE NON-DROIT – Alex BERG

Ça peut arriver à chacun d’entre nous. Tous les jours. Partout. Il suffit d’un malheureux hasard. Et notre vie n’est plus jamais la même. Nous passons brusquement d’un monde garant de la démocratie aux zones troubles du non-droit où seules prévalent les règles de la plus sale des guerres.

À Hambourg, les préparatifs du sommet international contre l’armement et pour le climat battent leur plein. Les services secrets ont reçu les premières menaces terroristes. Au même moment, l’avocate Valérie Weymann est arrêtée à l’aéroport. Au terme d’interrogations interminables, elle comprend que les agents de la CIA et du BND la suspectent d’être liée à AL-Quaïda.

Et puis une bombe explose dans la gare de Dammtor. Vingt-quatre heures plus tard, Valérie sur qui pèsent de graves soupçons est conduite dans une prison secrète de l’Europe de l’Est.

Un thriller qui ne vous lâche pas, un personnage féminin magnifiquement campé.

 

Ce thriller politique commence un peu à la façon d’un épisode de « New York police judiciaire » l’on entend presque la voix off caractéristique déclamer l’Article 11, paragraphe 1 de la déclaration universelle des droits de l’homme. Pourtant ce thriller, bien que la CIA y joue un rôle important n’est pas écrit par un américain, c’est le glaçant premier roman d’une Allemande Alex Berg.

Lorsqu’elle quitte sa maison pour s’envoler vers Londres un matin de décembre, Valérie Weymann une avocate réputée est loin de s’imaginer qu’elle n’est pas prête de revoir son mari et ses jumelles. Arrêtée lors de l’embarquement, elle est mise à l’isolement afin d’être interrogée par la BND : les services secrets allemands et par la CIA qui la soupçonne d’être la complice de mouvances islamistes. Le piège vient de se refermer autour de la jeune avocate, qui dès lors n’est plus rien et n’a plus aucun droit.

Dans ce thriller qui fait frémir tant il parait plausible, l’auteur décrit avec un réalisme stupéfiant la spirale dans laquelle tout un chacun peut se retrouver aspiré lorsqu’il est soupçonné d’intelligence avec les mouvances islamistes. Il y à quelques années un des sujets de philosophie au baccalauréat était : « Peut-on fait la guerre au nom des droits de l’homme », vaste question me direz-vous. Dans son roman Alex Berg démontre en tout cas que les droits de l’homme peuvent être littéralement annihilé si l’on est soupçonné de ce que la CIA envisage comme le pire : le terrorisme.

Une des forces de ce thriller est d’être en prise directe avec la réalité. Ainsi lorsque l’héroïne vit un moment hautement délicat dans ce qu’il faut bien appeler un centre fantôme de torture en Roumanie, le lecteur ne peut s’empêcher de penser aux photos des prisonniers d’Abou ghraib qui ont envahi nos postes de télévisons et nos quotidiens il y a quelques années. À la lecture de ces passages, l’on est comme saisi d’un sentiment de déjà-vu et de la réminiscence d’une émotion négative déjà ressentie.

 

« Zone de non-droit » est un thriller passionnant qu’il est impossible de reposer avant d’en connaître l’issue, un thriller intelligent et bourré de suspens et de rebondissements et qui n’hésite pas à aborder des sujets qui peuvent prêter à polémique : l’annihilation au nom de la sécurité des états des libertés individuelles et l’utilisation de la torture et du viol pour soutirer des informations susceptibles de lutter contre le terrorisme.

Laissez-vous emporter par ce thriller percutant qui est pour moi un véritable coup de coeur.

LES PETITES PHRASES :

  • « Chaque fois qu’ils te laissent entrevoir la mort, c’est comme si une partie de toi-même mourait. Ils sont allés trop loin avec Noor. Et celui qui survivait, celui qui parvenait à briser les murs de cette forteresse, laissait quand même une partie de sa vie derrière lui. L’espérance et les peurs lui collaient à la peau comme un grossier enduit qui, parfois quand cela devenait trop lourd, s’effritait en petit tas de souvenirs humains qui se perdaient, mais qui cependant rendaient l’oubli impossible. »

 

Édition présentée : Zone de non-droit, Alex Berg

Éditions Jaqueline Chambon

2013, 288p.

 

sélection 2014 :

Continue Reading
%d blogueurs aiment cette page :