LE BLUES DE LA HARPIE – Joe MENO

Alors qu’il s’enfuit après un petit braquage, Luce Lemay perd le contrôle de sa voiture et renverse un landau ; le bébé qui y dormait est tué sur le coup. Trois ans plus tard, il sort de prison et revient dans sa ville natale de La Harpie, Illinois où il retrouve Junior Breen, un ami ex-taulard, colosse au grand cœur. Tous deux s’efforcent de rester sur le droit chemin, mais les choses se gâtent quand Luce tombe amoureux de la belle Charlene, toujours harcelée par sa brute épaisse d’ex-fiancé; et tournent à l’aigre quand les rednecks de la ville apprennent le passé criminel des deux amis. Luce et Junior parviendront-ils à échapper à la violence qui semble les poursuivre quoi qu’ils fassent ?

Le blues de la Harpie - Joe Meno - Agullo Fiction

Replaçons tout de suite les choses dans leur contexte, la Harpie du titre du roman de Joe Meno n’a rien à voir avec la femme acariâtre, la mégère à laquelle vous pourriez être amené à penser, ni avec la déesse sorte d’aigle à tête de femme quoique… La Harpie de Joe Meno est une petite ville perdue dans le fin fond de l’Illinois. Pas une ville de l’Amérique dans laquelle tout est possible… Oh non, une ville puritaine, dans laquelle chacun épie ce que fait son voisin, une ville dans laquelle la morale est portée en étendard, un trou paumé qui porte le nom d’une divinité symbole de la dévastation et de la vengeance divine.

Le blues de la Harpie est l’histoire d’une tentative de rédemption, la tentative d’un homme de se faire pardonner par son ancienne communauté. Mais peut-on attendre le pardon des autres, lorsque soi-même on se refuse à tourner la page, à faire le premier pas vers soi-même ? Si le thème de la rédemption a été mainte fois traité dans la littérature, il l’a rarement été avec la même intensité, avec la même douleur  que celles portées par l’écriture de Joe Meno. Chacun des mots de l’auteur poisse de la culpabilité qui ronge Luce cet ex-taulard que même l’amour de la belle Charlène  ne parvient à alléger.

Un roman hypnotique

Ce roman est hypnotique. Le lecteur s’y abreuve de noirceur, de  mélancolie, de l’humanité sombre qui émane de l’écriture de Joe Meno. Impossible de ne pas penser à Steinbeck et à ses raisins de la colère… Seules la poésie et l’amitié indéfectible entre Luce et Junior, deux ex-taulards apportent un peu de luminosité à un roman qui laisse invariablement des traces dans l’esprit du lecteur.

Joe Meno signe un livre dont suinte toute la beauté du désespoir, un  formidable livre dans lequel le poids du passé annihile toute possibilité de futur serein. Un roman à découvrir absolument !

Édition présentée : Le blues de la Harpie, Joe Meno

Agullo Fiction

ISBN :979109571814-7

2017, 288 p. (21.50 euros) disponible au format numérique

L’auteur : Joe Meno, né en 1974, a publié son premier roman à l’âge de 24 ans. Il est l’auteur de sept romans et plusieurs recueils de nouvelles, et a reçu le prestigieux prix Nelson Algren. Il écrit pour le magazine underground Punk Planet, ainsi que pour le New york Times et Chicago Magazine. Il vit aujourd’hui à Chicago.

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TOUT N’EST PAS PERDU – Wendy WALKER

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lan Forrester est thérapeute dans la petite ville cossue de Fairview, Connecticut. Il reçoit en consultation une jeune fille, Jenny Kramer, quinze ans, qui présente des troubles inquiétants. Celle-ci a reçu un traitement post-traumatique afin d’effacer le souvenir d’une abominable agression dont elle a été victime quelques mois plus tôt. Mais si son esprit l’a oubliée, sa mémoire émotionnelle est bel et bien marquée. Bientôt tous les acteurs de ce drame se succèdent dans le cabinet d’Alan, tous lui confient leurs pensées les plus intimes, laissent tomber leur masque en faisant apparaître les fissures et les secrets de cette petite ville aux apparences si tranquilles. Parmi eux, Charlotte, la mère de Jenny, et Tom, son père, obsédé par la volonté de retrouver le mystérieux agresseur.

Ce thriller, d’une puissance rare, plonge sans ménagement dans les méandres de la psyché humaine et laisse son lecteur pantelant. Entre une jeune fille qui n’a plus pour seul recours que ses émotions et une famille qui se déchire, tiraillée entre obsession de la justice et besoin de se reconstruire, cette intrigue à tiroirs qui fascine par sa profondeur explore le poids de la mémoire et les mécanismes de la manipulation psychologique.

Il est parfois difficile d’entrer dans un roman pour des raisons qui peuvent être diverses et variées : (ce n’est pas le roman de l’instant – je suis persuadée qu’il y a un temps pour découvrir chaque roman, et que lorsque le temps du roman n’est pas venu et que l’on s’entête à le lire coûte que coûte le risque est grand de contrarier une rencontre qui aurait pu être très belle -, que l’on n’est pas d’humeur, que le bruit de votre entourage pollue la lecture, j’en passe et  des meilleures…), deux possibilités s’offrent à vous : abandonner, ou persévérer. Mais lorsque ce roman est lu dans le cadre d’un prix, il n’est de choix possible que la persévérance.

La première partie de cette lecture (jusqu’à la moitié du roman) a été laborieuse, presque douloureuse ; le ton du narrateur Alan Forrester psychiatre dans une petite ville cossue américaine, m’était insupportable, beaucoup trop métallique. Le procédé  consistant à faire narrer par le psychiatre le drame vécu par Jenny, violée et torturée lors d’une fête, narration faite d’un ton froid, forcément complètement distancié, rend difficile le processus d’identification à la victime, l’empathie. Le manque de dialogue, puisque toute l’affaire ainsi que les paroles des protagonistes sont rapportées par le psychiatre mettent le lecteur dans un état de claustrophobie avancée, et les nombreuses digressions de ce cher Alan peuvent déclencher chez le lecteur des envies de meurtre sur ce personnage de papier.

Mais lorsque dans le cadre d’un prix vous n’avez d’autre choix que de continuer votre lecture, le lien se noue  ( à la bonne moitié du roman)et le le lecteur finit par tomber entre les griffes de l’auteur Wendy Walker qui maîtrise de bout en bout son histoire, impossible de ne pas avoir envie de connaître les tenants et les aboutissants de ce thriller qui pose des questions d’éthique et de morale, et qui entremêle ingénieusement les thèmes de l’infidélité, de la culpabilité, qui interroge sur le bien-fondé de l’oubli dans le processus de guérison de l’esprit et qui pose également une question que tous nous nous sommes un jour posée : jusqu’où serions-nous prêts à aller pour protéger la chair de notre chair, nos enfants. Tout n’est pas perdu  est un thriller moderne, dans laquelle s’enchevêtrent enquête et histoires familiales qui n’est pas sans faire penser à l’excellent Gone girl  paru également aux éditions Sonatine.

Il est donc parfois salutaire de devoir persévérer dans sa lecture, une histoire qui a mal commencé avec un roman peut se révéler au final assez passionnante, elle ne se termine toutefois pas par un coup de foudre, mais par un agréable moment de lecture passé.

Édition présentée : Tout n’est pas perdu, Wendy Walker

Éditions Sonatine

ISBN : 9782355845154

2016, 320 p. (21 euros), disponible au format numérique

Wendy Walker est avocate dans le Connecticut. Tout n’est pas perdu est son premier roman publié en France.

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