JE M’APPELLE LUCY BARTON – Elizabeth STROUT

Hospitalisée à la suite d’une opération, Lucy Barton reçoit la visite impromptue de sa mère, avec laquelle elle avait perdu tout contact. Tandis que celle-ci se perd en commérages, convoquant les fantômes du passé, Lucy se trouve plongée dans les souvenirs de son enfance dans une petite ville de l’Illinois – la pauvreté extrême, honteuse, la rudesse de son père, et finalement son départ pour New York, qui l’a définitivement isolée des siens. Peu à peu, Lucy est amenée à évoquer son propre mariage, ses deux filles, et ses débuts de romancière dans le New York des années 1980. Une vie entière se déploie à travers le récit lucide et pétri d’humanité de Lucy, tout en éclairant la relation entre une mère et sa fille, faite d’incompréhension, d’incommunicabilité, mais aussi d’une entente profonde.

je-m-appelle-lucy-barton-elizabeth-stroud-fayard-rentree-litteraire-2017

 

Je m’appelle Lucy Barton, un titre simple mais réellement porteur de sens. Une courte phrase qui, alors que le lecteur n’a pas même ouvert le livre, porte la marque de l’identité. Cette identité qui semble tout dire de nous, que certains peinent parfois à assumer et tente de cacher, tandis que d’autres la porte tel un étendard.

Une histoire d’identité

L’identité, c’est bien le sujet de ce roman, intime et doux, de ce huis clos entre une femme et sa mère qui ne se sont pas vues depuis des années, non pas parce qu’elles se sont violemment affrontées, mais parce que Lucy pour s’affranchir d’un milieu pauvre tant socialement que culturellement a quitté pour ne jamais y revenir.

Avec une infinie délicatesse Elizabeth Strout dessine ce lien qui se renoue. Une relation particulière et dont on ne sait pas très bien si celles qu’elle concerne se sont un jour comprises et si cela leur sera un jour possible. Une relation entachée par des souvenirs d’enfance douloureux, où le froid, la faim, et les châtiments corporels marquaient le quotidien, mais dont Lucy ne garde aucune rancœur envers sa famille, comme si le temps les avait polis pour les rendre moins vifs, comme si Lucy doutait parfois de sa propre mémoire et des souvenirs que cette dernière laisse affleurer à son esprit.

Le superbe portrait d’une femme qui se réapproprie sa vie

Je m’appelle Lucy Barton est le superbe portrait d’une femme qui, complexée par son origine sociale, a longtemps cherché sa place et qui apaisée  notamment par à l’écriture se réapproprie sa propre vie.

Ce roman court, porté par un style simple permet au lecteur d’éprouver son sens de l’empathie. Ce roman emplit le lecteur d’une véritable plénitude. Peut-être parce qu’il démontre que chacun d’entre nous est capable de se réinventer… Peu importe les mauvais départs, les relations familiales parfois bancales, rien n’est défini, tout reste à écrire et à vivre…

Édition présentée : Je m’appelle Lucy Barton, Elizabeth Strout

Fayard, collection littérature étrangère

ISBN : 9782213701356

2017, 208 p. (19 euros) disponible au format numérique

 

L’auteur : Romancière new-yorkaise de renom, lauréate du prix Pulitzer, Elizabeth Strout est notamment l’auteur d’Oliver Kitteridge et Amy et Isabelle.

Continue Reading

LE BLUES DE LA HARPIE – Joe MENO

Alors qu’il s’enfuit après un petit braquage, Luce Lemay perd le contrôle de sa voiture et renverse un landau ; le bébé qui y dormait est tué sur le coup. Trois ans plus tard, il sort de prison et revient dans sa ville natale de La Harpie, Illinois où il retrouve Junior Breen, un ami ex-taulard, colosse au grand cœur. Tous deux s’efforcent de rester sur le droit chemin, mais les choses se gâtent quand Luce tombe amoureux de la belle Charlene, toujours harcelée par sa brute épaisse d’ex-fiancé; et tournent à l’aigre quand les rednecks de la ville apprennent le passé criminel des deux amis. Luce et Junior parviendront-ils à échapper à la violence qui semble les poursuivre quoi qu’ils fassent ?

Le blues de la Harpie - Joe Meno - Agullo Fiction

Replaçons tout de suite les choses dans leur contexte, la Harpie du titre du roman de Joe Meno n’a rien à voir avec la femme acariâtre, la mégère à laquelle vous pourriez être amené à penser, ni avec la déesse sorte d’aigle à tête de femme quoique… La Harpie de Joe Meno est une petite ville perdue dans le fin fond de l’Illinois. Pas une ville de l’Amérique dans laquelle tout est possible… Oh non, une ville puritaine, dans laquelle chacun épie ce que fait son voisin, une ville dans laquelle la morale est portée en étendard, un trou paumé qui porte le nom d’une divinité symbole de la dévastation et de la vengeance divine.

Le blues de la Harpie est l’histoire d’une tentative de rédemption, la tentative d’un homme de se faire pardonner par son ancienne communauté. Mais peut-on attendre le pardon des autres, lorsque soi-même on se refuse à tourner la page, à faire le premier pas vers soi-même ? Si le thème de la rédemption a été mainte fois traité dans la littérature, il l’a rarement été avec la même intensité, avec la même douleur  que celles portées par l’écriture de Joe Meno. Chacun des mots de l’auteur poisse de la culpabilité qui ronge Luce cet ex-taulard que même l’amour de la belle Charlène  ne parvient à alléger.

Un roman hypnotique

Ce roman est hypnotique. Le lecteur s’y abreuve de noirceur, de  mélancolie, de l’humanité sombre qui émane de l’écriture de Joe Meno. Impossible de ne pas penser à Steinbeck et à ses raisins de la colère… Seules la poésie et l’amitié indéfectible entre Luce et Junior, deux ex-taulards apportent un peu de luminosité à un roman qui laisse invariablement des traces dans l’esprit du lecteur.

Joe Meno signe un livre dont suinte toute la beauté du désespoir, un  formidable livre dans lequel le poids du passé annihile toute possibilité de futur serein. Un roman à découvrir absolument !

Édition présentée : Le blues de la Harpie, Joe Meno

Agullo Fiction

ISBN :979109571814-7

2017, 288 p. (21.50 euros) disponible au format numérique

L’auteur : Joe Meno, né en 1974, a publié son premier roman à l’âge de 24 ans. Il est l’auteur de sept romans et plusieurs recueils de nouvelles, et a reçu le prestigieux prix Nelson Algren. Il écrit pour le magazine underground Punk Planet, ainsi que pour le New york Times et Chicago Magazine. Il vit aujourd’hui à Chicago.

Continue Reading