SANS MÊME UN ADIEU – Robert GODDARD

sans meme un adieu - robert goddard - sonatine - 2016

 

1911, Geoffrey Staddon, jeune architecte plein d’élans et d’espoir, vient de concevoir une magnifique demeure, Clouds Frome. Et il est tombé amoureux fou de la femme de son commanditaire, Consuela Caswell, une jeune Brésilienne perdue dans un mariage de convenance. Alors qu’il lui a promis de s’enfuir avec elle, il l’abandonne à son triste sort, préférant se consacrer pleinement à ses ambitions professionnelles.

1923, en lisant le journal, Geoffrey tombe sur un article qui lui glace le sang. Consuela Caswell est accusée de meurtre et risque la peine capitale. Bouleversé par cette nouvelle qui réveille bien des fantômes et ravive son sentiment de culpabilité, il ne peut rester sans rien faire. D’autant plus qu’il est persuadé que Consuela n’a pas pu commettre un crime aussi terrible. Il n’a pas le choix, il doit revenir à Clouds Frome pour savoir ce qu’il s’y est réellement passé. Il ne se doute pas encore des sombres secrets qu’il va y découvrir et qui vont bouleverser son existence.

Dans une forme éblouissante, Robert Goddard revient ici à sa période de prédilection, le début du xxesiècle, à ses thèmes favoris, l’Histoire, les non-dits, les secrets de famille, et nous offre un roman magistral, aux multiples révélations.

Avant de vous plonger dans le dernier roman de Robert Goddard publié par les éditions Sonatines (roman édité dans sa version originale en 1991), il vous faudra réunir plusieurs conditions : dégagez-vous un week-end de lecture (ce délicieux pavé compte plus de 700 pages), un plaid sous lequel vous pouvez d’ores et déjà prévoir de passer plusieurs heures, de bons petits plats que vous aurez préalablement cuisinés et que vous n’aurez plus qu’à passer très rapidement au micro-ondes. Quant aux enfants si vous en avez, proposez-leur un week-end chez vos parents ou chez leurs amis… Car lorsque vous commencerez à vous immerger dans ce pavé, vous ne serez plus là pour personne…

L’auteur de Heather Mallender a disparu, Par un matin d’automne ou encore de Le retour retrouve la période historique dans laquelle il est le plus à l’aise : le début du 19ème siècle et plonge son personnage principal Geoffrey Staddon un jeune architecte de renom au cœur d’une enquête pour prouver l’innocence d’une femme qu’il a autrefois aimée et abandonnée.

Une  plume délicate au charme délicieusement suranné

C’est à chaque fois un pur bonheur de retrouver la plume délicate au charme délicieusement suranné qui colle si bien à l’époque dans laquelle Robert Goddard situe l’action de la plupart de ses romans. Les aficionados de Downton abbey et des romans de Justin Fellows ne devraient pas bouder leur plaisir. Sans jamais réécrire la même histoire, l’auteur anglais poursuit son exploration des thèmes qui lui sont chers : les poids que les secrets font peser sur les personnes auxquelles ils sont liés, tous ces non-dits qui finissent toujours par faire surface et qui fragilisent, abîment les relations entre les êtres.

Comme toujours avec Goddard, les personnages deviennent très vite de véritables amis pour le lecteur qui connaît leurs désirs, leurs petites trahisons, leurs pensées les plus intimes, leur côté sombre aussi. Car même si peu de sang coule dans les romans de l’ancien journaliste, la trame de fond de ce roman addictif est une véritable enquête qui entraînera une partie des personnages sur la Riviera française.

Alors, envoyez tout balader et n’attendez plus pour vous plonger dans cette passionnante et addictive histoire à tiroirs…

 

Édition présentée : Dans même un adieu, Robert Goddard

Sonatine Éditions

ISBN : 9782355843617

2016, 736 p. (22 euros) disponible au format numérique

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LE CHAGRIN DES VIVANTS – Anna HOPE

CE QU’EN DIT L’EDITEUR : Durant les cinq premiers jours de novembre 1920, l’Angleterre attend l’arrivée du Soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Alors que le pays est en deuil et que tant d’hommes ont disparu, cette cérémonie d’hommage est bien plus qu’un simple symbole, elle recueille la peine d’une nation entière.
À Londres, trois femmes vont vivre ces journées à leur manière. Evelyn, dont le fiancé a été tué et qui travaille au bureau des pensions de l’armée ; Ada, qui ne cesse d’apercevoir son fils pourtant tombé au front ; et Hettie, qui accompagne tous les soirs d’anciens soldats sur la piste du Hammer-smith Palais pour six pence la danse.
Dans une ville peuplée d’hommes incapables de retrouver leur place au sein d’une société qui ne les comprend pas, rongés par les horreurs vécues, souvent mutiques, ces femmes cherchent l’équilibre entre la mémoire et la vie. Et lorsque les langues se délient, les cœurs s’apaisent.

L’après première Guerre mondiale a donné lieu à de nombreux romans, mais rares sont ceux qui évoquent du point de vue des femmes ce difficile moment où le temps est venu de panser les plaies. Certes, les femmes n’ont pas combattues au front mais ont, elles aussi payées un lourd tribut : la disparition d’un fils, d’un frère ou d’un mari. Dans ce magnifique premier roman à l’atmosphère délicate, Anna Hope brosse le portrait de trois londoniennes en prises avec les conséquences douloureuses de la grande Guerre.

En déroulant l’histoire de Evelyn, Ada et Ettie, des femmes qui n’appartiennent pas au même milieu social et n’ont pas le même âge, la primo-romancière démontre à quel point toutes les femmes ont été traumatisées par la Grande Guerre. Toutes ont subis une perte et porte le poids de la culpabilité, celui de devoir continuer à vivre alors qu’un être cher a disparu, où est revenu diminué physiquement ou psychologiquement du front. Avec beaucoup de délicatesse Le chagrin des vivants aborde la question du deuil, ce deuil impossible à faire alors qu’il n’y a pas de dépouille sur laquelle pleurer, ces questions qui restent sans réponse et sur le terreau desquelles pousse l’espoir inconsidéré que peut être l’être aimé n’est pas comme il l’a été annoncé décédé.

Tout sonne juste dans ce superbe roman, l’atmosphère, la psychologie des personnages, le recueillement chargée d’une émotion palpable lors de la commémoration du soldat inconnu qui, Anna Hope le décrit tellement bien, fait œuvre de catharsis pour les familles endeuillées. C’est ainsi avec beaucoup de grâce et de subtilité que l’auteur dissèque le chagrin d’un deuil collectif, un chagrin que chacun porte en soi et qui fait résonnance en chacun des être meurtris, et ils furent nombreux au lendemain de la première guerre mondiale.

Il émane de ce roman une grande douceur alors même que rien n’est éludé des souffrances endurées, ni des sujets qui restent tabous, Anna Hope a décidé de tout montrer: le sexe tarifé aux abords du front avec des femmes poussées par la faim, les soldats condamnés et tués par les leurs en cas de désertion. C’est parce que ce roman est formidablement bien documenté que l’on peut dire que Le chagrin des vivants en plus d’être un roman captivant est aussi un livre qui fait œuvre de mémoire. Il porte la voix des vivants comme celle de ceux qui les ont quittés.

On ne peut que sortir bouleversé d’un roman aussi vivant et incarné, dans lequel chaque mot, chaque silence tient son propre rôle. Un roman prodigieux qui étreint le lecteur, et jamais ne le quitte…

 

Edition présentée : Le chagrin des vivants, Anna Hope

Gallimard, Collection Du monde entier

ISBN : 9782070147250

2016, 400 p, (23 euros)

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