SUMMER – Monica SABOLO

Lors d’un pique-nique au bord du lac Léman, Summer, dix-neuf ans, disparaît. Elle laisse une dernière image : celle d’une jeune fille blonde courant dans les fougères, short en jean, longues jambes nues. Disparue dans le vent, dans les arbres, dans l’eau. Ou ailleurs ?
Vingt-cinq ans ont passé. Son frère cadet Benjamin est submergé par le souvenir. Summer surgit dans ses rêves, spectrale et gracieuse, et réveille les secrets d’une famille figée dans le silence et les apparences.
Comment vit-on avec les fantômes ? Monica Sabolo a écrit un roman puissant, poétique, bouleversant.

summer-monica-sabolo-jc-lattes

S’il est un roman dont on parle beaucoup en cette rentrée littéraire, c’est bien celui de Monica Sabolo Summer. Et pour ceux qui comme moi la suivent depuis plusieurs romans, l’impatience était grande de retrouver l’écriture si particulière de cet auteur à l’univers atypique.

Le lac Léman comme personnage

Monica Sabolo situe à nouveau l’intrigue de son dernier né Summer en Suisse, mais elle quitte les montagnes pour le lac Léman dont elle fait un personnage à part entière. Un lac envoûtant (à la mesure de son roman) qu’elle dépeint tour à tour comme hypnotique et accueillant parfois, presque purificateur, mais aussi inquiétant voir repoussant. Pendant plus de trois cent pages, le lecteur ne peut s’empêcher de se demander si se lac versatile va un jour livrer ses secrets, et s’il en a d’ailleurs à cacher.

Un roman hybride

À tort définis par de nombreux critiques comme un thriller, Summer traverse au contraire de nombreux genres littéraires. C’est un incroyable roman hybride qui se fait – saga familiale, lorsque Monica Sabolo dépeint la famille de la disparue et de son jeune frère ; une famille aisée, bien sous tous rapports, aussi lisse que la surface du lac par temps calme. Une famille qui, l’auteur nous le fait comprendre par petites touches, n’est pas aussi parfaite qu’elle voudrait bien le laisser croire – roman qui étudie la psyché d’un homme qui aborde la quarantaine sans jamais s’être remis de la disparition non-élucidée de sa sœur, incapable d’avancer dans la vie, qui peine à se remettre d’un drame dont il devine qu’il ne détient pas toutes les clefs pour en comprendre l’origine – roman d’ambiance lorsque Monica Sabolo, d’une phrase qui englobe d’incroyables métaphores dont elle a le secret, entraîne le lecteur vers le fond du lac qui l’attire inexorablement – thriller au moment où le cœur du lecteur se met à palpiter quand il pressent qu’un nouvel élément va lui être révélé.

L’univers aquatique comme toile de fond

S’immerger dans l’univers de Monica Sabolo est une expérience très particulière. L’auteur ne déroule pas seulement une histoire mais elle installe le lecteur dans une espèce de transe hypnotique : d’un assemblage de mots, d’une métaphore, elle créé une ambiance singulière, ensorcelante. Si Crans-Montana, son précédent roman, s’appuyait sur les décors des Alpes enneigés et lui permettaient ainsi de créer une atmosphère ouatée, laiteuse, qui absorbe les sons ; pour Summer, c’est l’univers aquatique – et son étrange lumière aqueuse qui donne l’impression que chacune des actions est effectuée dans un léger ralenti, à l’image des mouvements d’un corps sous l’eau – qu’a choisi d’explorer Monica Sabolo. Rarement, le milieu aquatique, les sensations parfois opposées qu’il peut engendrer chez l’homme auront été aussi bien transposés dans un roman.

Roman sur l’absente

Avec Summer, Monica Sabolo poursuit son exploration des secrets qui empoisonnent, font imploser des familles même si l’absence est aussi l’un des thèmes central du roman. L’absence qui ronge et qui contraint ceux qui la subissent à errer dans les méandres des interrogations sans fin. Porté par des personnages superbement dessinés (Monica Sabolo réussit le tour de force non seulement de se glisser dans la peau d’une jeune fille de dix-neuf ans, mais aussi dans celle torturée d’un homme de quarante ans), et par la figure d’une absente dont la personnalité hante pourtant tout le livre. Et il est d’ailleurs aussi là le grand talent de l’auteur, faire exister avec autant de force celle que l’on ne voit pas, celle dont la parole est amputée. Summer est un roman qui se lit en apnée, les nerfs à fleur de peau, tant on redoute la fin qui se révèle à la hauteur du grand talent de Monica Sabolo.

L’un des grands textes de cette rentrée !

Édition présentée :  Summer, Monica Sabolo

JC Lattès

ISBN : 9782709659826

2017, 320 p. (19 euros) disponible au format numérique

 

L’auteur : Monica Sabolo est romancière. Ses deux derniers romans Tout cela n’a rien à voir avec moi (Prix de Flore, 2013) et Crans-Montana (Grand prix de la SGDL, 2015) ont reçu un très bel accueil.

Continue Reading

CET AUTRE AMOUR – Dominique DYENS

Tu crois que c’est normal d’être amoureuse de son psy ?

« L’histoire que je m’apprête à raconter est une histoire d’amour. Une vraie, une incroyable histoire d’amour, qui m’a saisie par surprise et à laquelle il m’a été impossible de résister. Pendant deux longues années, peut-être davantage, j’ai mené une double vie. Je parlerais plutôt d’une vie double, c’est-à-dire fragmentée, divisée entre une vie conjugale heureuse, ouverte au regard des autres, et une vie intime, secrète, qui a puisé son inspiration dans les profondeurs de mon inconscient. »
Quel est ce lien d’« amour » unique qui unit un(e) patient(e) à son (sa) psychanalyste ? C’est donc ça, le transfert? Telle est la question que tente de cerner la narratrice de Cet autre amour lorsque, amenée à entreprendre une thérapie à la suite d’un choc émotionnel violent, elle tombe amoureuse de son analyste. Ce récit à la fois pudique et cru d’un amour hors du commun rend un vibrant hommage à la fascinante aventure affective et intellectuelle qu’est la psychanalyse.

cet-autre-amour-dominique-dyens-robert-laffont

Il fallait de l’audace pour se lancer dans l’écriture d’un roman tel que Cet autre amour. Pourquoi ? D’abord, parce qu’il aurait été facile de tomber dans l’écueil du roman cliché qui déroule une histoire d’amour entre un analyste et sa patiente, un faux pas qu’évite sans aucune difficulté Dominique Dyens ; ensuite, parce qu’il n’est pas chose aisée de permettre au   lecteur de se glisser au cœur même de ce qui se joue au sein d’une cure psychanalytique, sans verser dans le voyeurisme, sans dévoyer le sens même de l’analyse.

Une incroyable histoire d’amour

C’est avec beaucoup d’habilité que Dominique Dyens aborde la notion de Transfert dans la cure, ce lien qui se noue entre l’analysé et l’analysant, un lien puissant et donc déroutant pour le bénéficiaire du travail psychanalytique. Dans le cas de la narratrice de Cet autre amour, ce lien se manifeste sous la forme d’un amour passionnel envers son psychanalyste. Un amour qui désarçonne parce qu’il est source à la fois d’un bonheur incommensurable, vivant, revitalisant mais aussi d’une souffrance et d’une culpabilité angoissante : Comment est-il possible de tomber amoureuse d’un autre homme que son mari ? Un mari que la narratrice aime follement depuis plus de vingt-sept années.

Une quatrième dimension affective

Mais plus qu’un roman sur la cure psychanalytique ou sur le Transfert (même si Dominique Dyens se fait une passionnante ambassadrice de la psychanalyse en démontrant avec brio la manière dont cette thérapie analytique permet « de sonder les profondeurs de notre âme pour en extraire les émotions intactes » afin d’alléger et libérer le patient), Cet autre amour est un roman qui explore cette autre forme d’amour, ce sentiment puissant ressenti par l’analysé, cette quatrième dimension affective qui n’a rien de commun avec l’amour éprouvé pour son compagnon de vie, ses enfants ou ses parents. Dominique Dyens de sa plume fine et incisive dissèque cette relation si particulière car unilatérale et donc source de frustration, de douleur autant que de passion. Une relation obsessionnelle, dévorante.

Une expérience de vie hors du commun

Cet autre amour est le roman d’une expérience de vie hors du commun, le roman d’un amour particulier, inclassable, presque tabou. Dominique Dyens en entrebâillant la porte du cabinet de l’analyste, permet au lecteur de mieux appréhender ce qui se joue au sein de cette cure, la violence des sentiments éprouvés alors que l’analysé n’y est pas préparé, et sa libération lorsque les fils de son existences, emmêlés  à l’aune de ses expériences, se desserrent puis se dénouent

Un roman sincère et profond

J’ai été véritablement touchée par la sincérité, la profondeur et l’empathie de ce roman, qui lève le voile sur des sentiments qui sont finalement très peu évoqués. Dominique Dyens en revenant sur l’expérience de sa narratrice (dont on ne peut s’empêcher de se demander quel est le degré de part autobiographique) lève un coin du voile sur ce qui se joue au sein des cabinets feutrés des psychanalystes. Le lecteur vibre, ressent les questionnements, la passion qui consume la narratrice, son désarroi lorsqu’elle doute… Une lecture éclairante et captivante !

 

Édition présentée : Cet autre amour, Dominique Dyens

Éditions Robert Laffont

ISBN :9782221197453

2017, 234 p. (18 euros), disponible au format numérique

 

L’auteur : Écrivain, Dominique Dyens est notamment l’auteure de huit romans, parmi lesquels La Femme éclaboussée (Héloïse d’Ormesson 2000), Intuitions (Héloïse d’Ormesson 2011), Délit de fuite (Héloïse d’Ormesson 2008), Lundi noir (Héloïse d’Ormesson 2013) et Cet autre amour (Robert Laffont, 2017).

Continue Reading