COMME DEUX SOEURS – Rachel SHALITA

Véra et Tsiona aiment à se rappeler leur première rencontre, à quatre ans, dans un jardin d’enfants de Tel-Aviv. Véra a grandi entre un père artiste volage et une mère infirmière rangée. Tsiona a perdu son père quand elle était petite. Après le lycée, Véra, la sensible, l’artiste, ne sait pas ce qu’elle veut faire ; Tsiona, l’effrontée, engagée dans un mouvement de jeunes pionniers, va participer à la fondation d’un kibboutz dans le Néguev.

Malgré leurs différences, elles partagent leurs joies et leurs peines, jusqu’à l’arrivée de Yossef, le rescapé…

À travers le destin de deux héroïnes qui s’aiment comme deux sœurs, le roman entraîne le lecteur dans la société juive de Palestine, de la fin des années 1920 à la création de l’État d’Israël. Une période peu décrite jusqu’à présent dans la littérature israélienne.

Les éditions de L’Antilope, un bien joli nom pour une toute nouvelle maison d’édition. Pourquoi l’Antilope ? « Parce que c’est une créature exotique comme est souvent perçue la culture juive » et que justement ses fondateurs Gilles Rozier et Anne-Sophie Dreyfus ont choisi de « de publier des textes littéraires rendant compte de la richesse et des paradoxes des cultures juives sur les cinq continents ».

Les éditions de l’Antilope ont décidé de publier le premier roman de Rachel Shalita paru en 2015 en Israël. Des mots touchants livrés dans un très bel écrin (la couverture est superbe), mais qui jamais ne versent dans la naïveté ou dans la mièvrerie. L’auteur revient sur une période finalement peu connue en France, celle d’avant l’indépendance. Une période ou tout paraissait encore possible, ou tout était à construire.

La construction c’est justement l’une des pierres centrales de « Comme deux sœurs » la construction des personnalités d’abord celle de deux jeunes femmes Tsilona et Vera amies depuis l’enfance, mais que pourtant tout oppose et dont les idéaux vont peu à peu les éloigner. La première une pionnière à qui rien ne fait peur et qui veut participer à la construction du pays et qui accepte toutes les règles du kibboutz, et la seconde artiste dans l’âme qui jamais ne s’adaptera à la vie collective, trop éprise de liberté. La construction d’un pays ensuite, en 1920 on parle encore de Palestine mandataire, Israël n’est pas encore une nation indépendante. Avec beaucoup de finesse, Rachel Shalita évoque les difficultés d’un pays qui se cherche, d’un pays en prise avec sa dualité : Comment faire cohabiter des juifs pour qui il est possible de vivre avec les Palestiniens et des juifs nouvellement arrivés et qui rêvent de s’intégrer, mais qui peine à s’assimiler parce qu’il ne possèdent pas encore les codes de leur nouveau pays et que leurs habitudes européennes sont difficiles à abandonner ?

À travers le personnage de Yossef ce jeune poète rescapé qui veut par-dessus tout participer à la création d’un kibboutz, c’est la reconstruction du soi qui est abordée, la manière dont l’humain agit pour se réparer.

Dans ce premier roman  à la langue fluide, ce sont les questions de l’intime que creuse Rachel Shalita : les liens sororaux, la découverte de l’amour et de sa complexité, mais aussi la difficulté à vivre dans un pays dans lequel tout est à construire.

Comme deux sœurs est une très belle surprise de cette rentrée, un roman touchant qui apprend beaucoup sur une période historique peu connue des lecteurs français, un livre qu’il faut absolument découvrir…

Édition présentée : Comme deux sœurs, Rachel Shalita

Éditions de l’Antilope

ISBN : 979-10-95360-00-1

2015, 347 p. (22.50 euros) 

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TEL AVIV SUSPECTS – Liad SHOHAM

Par le meilleur auteur israélien de thrillers, une plongée infernale au coeur des relations troubles entre police, justice, médias et mafia en Israël. Un suspense à couper le souffle. Dans un quartier sans histoires de Tel-Aviv, le viol d’une jeune fille met la police en émoi. Pas d’indices, pas de témoins, pas de suspects. Ie père de la victime décide de mener sa propre enquête, jusqu’à identifier Ziv Névo comme le coupable.

l’affaire serait sur le point d’être classée sans les doutes du commissaire Elie Nahoum. Pourquoi Névo refuse-t-il de s’exprimer ? le père aurait-il pu forcer sa fille à accuser un innocent ? Entre le policier et le suspect commence un duel sous haute tension qui va attirer dans son ballet de faux-semblants un jeune avocat idéaliste. le bras droit d’un boss de la mafia et un journaliste prêt à tout pour décrocher le scoop de sa vie.

Quand un deuxième viol est commis dans le même quartier, la quête de la vérité devient une affaire de vie ou de mort…

 

Ce qui est passionnant dans les polars de hautes factures, c’est que, tout en nous précipitant dans des histoires sombres ils sont toujours en prise directe avec la réalité, ils donnent de manière brute, sans filtre, le pouls de l’état de la société à un moment T. Ici, et c’est ce qui fait entre autres l’originalité de ce roman, l’auteur – Liad Shoham avocat de son état et considéré comme le meilleur auteur israélien de thrillers – déroule l’action de son roman dans « la ville qui ne dort jamais » : Tel Aviv. Il nous laisse ainsi voir que l’État d’Israël, comme la majorité des sociétés modernes, n’est pas épargné par la petite délinquance, la corruption et les réseaux mafieux et que police et média entretiennent très souvent des relations étroites entre révélations et renvois d’ascenseurs.

 

Si l’auteur dessine un portrait sans concession de ce pays aussi complexe que fascinant tant par son histoire que par sa culture, il attache tout autant de soin à créer des personnages aux multiples facettes, aux comportements ambivalents tantôt souffrants, emplis de doutes ou faisant montre d’un courage touchant : des êtres de chairs et de sang. Difficile alors pour le lecteur de ne pas être hypnotisé par cette histoire d’autant que dès les premières pages Liad Shoham petit prodige du thriller, utilise avec une parfaite dextérité tous les ressorts du suspense pour créer une trame à la fois complexe et addictive.

 

Des personnages attachants, parce que vrais, une intrigue bien ficelée, la description d’une société de l’autre côté de la Méditerranée que l’on connaît finalement assez peu et que l’on voit rarement utilisée comme toile de fond de romans noirs… Tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce polar un roman vraiment fascinant, et intelligent. Prévovez plusieurs heures devant vous, vous ne le lâcherez pas… Attention Les Editions Les Escales ont encore frappées !

 

Édition présentée : Tel Aviv Suspects, Liad Shoham

Éditions les Escales, collection Les Escales Noires

2013, 372p.

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