MOI, LA GROSSE – Matteo CELLINI

CE QU’EN DIT L’ÉDITEUR : « Je suis Cate-la-grosse, un obus oublié qui, depuis le collège ne demande qu’à exploser. »

Caterina est une jeune Italienne spirituelle et intelligente.

Caterina a une famille qu’elle adore.

Mais Caterina, à l’instar de ses parents et de ses frères, est grosse, très grosse. Et ses kilos en trop l’empêchent d’exister. Selon sa conception binaire du monde – les obèses d’un côté, les « personnes » de l’autre – elle est une « non-personne ».

À peine met-elle le nez dehors qu’elle s’arme d’une carapace lui permettant d’ignorer tous les commentaires, toutes les plaisanteries, dont elle pourrait être la cible. Elle anticipe tout. Pour ne pas aggraver son dossier qui pèse déjà lourd sur la balance, elle fait en sorte d’être la meilleure de la classe, de n’être jamais malade, jamais en retard, toujours bien habillée… bref, de ne jamais faire le moindre remous. Aussi, quand ses parents décident d’organiser une grande fête pour son dix-huitième anniversaire, c’est la panique.

Un roman tout en sensibilité, qui voit son héroïne s’épanouir et découvrir peu à peu qu’un bonheur est possible, au-delà des apparences.

« Matteo Cellini parvient à nous faire pénétrer l’âme d’une adolescente, qui a compris beaucoup de choses trop tôt et n’ose plus se leurrer, victime de son extrême lucidité et d’un monde féroce ». La republicca

Dans une société régit par les apparences, dans laquelle la minceur voir la maigreur s’affiche sur papier glacé, où le culte du corps parfait est la norme, pas facile d’être une adolescente grosse, très grosse. La corpulence de Caterina défit les canons de la beauté imposée, et la jeune fille en pleine construction en souffre au point d’avoir mis en place des stratégies pour ne pas croiser le regard de l’autre, pour ne pas y lire ce qu’elle y projette : du dégoût. Caterina pourtant choyé par des parents aimant se considère comme une non-personne.

C’est un véritable tour de force que le premier roman de l’italien Matteo Cellini. L’auteur de trente-cinq ans réussit en effet à se glisser avec brio dans le corps d’une jeune obèse de dix-sept ans que la souffrance a fait mûrir trop vite. Tout sonne juste, les tourments de l’adolescence que l’on a déjà beaucoup lut, mais la difficulté à vivre dans un corps beaucoup trop grand lorsque l’on se construit est formidablement évoquée. Certes, le style trop imagé alourdit le propos du livre et peut parfois quelque peu lasser le lecteur, mais ce roman à la fois roman d’apprentissage et critique acerbe mais éclairante d’une société où tout est basé sur le paraître, se lit sans déplaisir.

Le lecteur ne peut qu’être touché par cette jeune fille en souffrance pour qui le monde est fatalement noir ou blanc la poussant à croire qu’une femme grosse ne peut être regardé avec intérêt n’est digne ni d’amour, ni d’amitié et qui à la faveur de la fête pour son dix-huitième anniversaire qui s’annonce pour elle dramatique va voir son monde et surtout la vision qu’elle en a bouleversée.

Moi la grosse, est un roman empreint d’une grande sensibilité, roman d’apprentissage, mais aussi un critique acerbe de notre société dans laquelle le paraître est érigé au rang de vertu.

Édition présentée : Moi, la grosse, Matteo Cellini, Éditions Presse de la Cité, 2015, 255 p.

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ANTONERA – Margaret MAZZANTINI

C’est au milieu d’une église vide, face au corps sans vie d’Antenora, sa grand-mère, que la narratrice remonte le cours du temps sur trois générations, évoquant comme dans un rêve une mosaïque de souvenirs et d’émotions. Les personnages de sa famille surgissent par touches impressionnistes, une succession d’anecdotes tendres et cruelles. Mais l’histoire d’Antenora, c’est aussi celle d’un siècle qui la confrontera à des épreuves décisives : les années sombres de la guerre, le fascisme et la déroute de l’après-guerre, le départ de ses fils au combat, les derniers instants de la vie conjugale et la solitude nouvelle. Révélée en France avec Écoute-moi, Margaret Mazzantini signe un livre hommage à la grâce délicate et subtile, comme un dernier adieu à l’aïeule.

Je n’avais encore jamais confié mon admiration pour Margaret Mazzantini dont je suis une inconditionnelle depuis que j’ai croisé la route de Ecoute moi le premier de ses romans parus en France. Pourtant c’est avec Venir au monde paru en 2008 et La mer, Le matin , que je suis définitivement tombée sous le charme et la puissance des mots de l’auteur Italien, et j’ai envie vous de faire découvrir cet auteur qui n’est à mon avis par encore reconnu à la hauteur de son talent en France.

Antonera c’est un roman en forme de retour sur le passé dans lequel une jeune femme revisite l’histoire de sa famille paternelle sur trois générations. C’est au cours des funérailles de cette aïeule,une femme forte, mais intransigeante, que sa petite fille laisse son esprit remonter le cours de l’histoire de cette famille italienne. Peu à peu les souvenirs affleurent à la surface, elles revisitent les scènes aussi tendres que douloureuses qui ont forgé les personnalités parfois hautes en couleur de sa famille . L’histoire d’Antonera, cette femme au caractère bien trempé, parfois acide, voir odieuse, mais qui veille encore le sommeil de ses fils adultes, c’est aussi celle de l’Italie du 20e siècle, celle de Mussolini et du fascisme, de l’Italie qui perd la guerre, celle d’une Italie que l’on sent en bout de course, essoufflée, mais qui attend une génération nouvelle pour renaître de ses cendres.

De sa plume virtuose, parfois grinçante, l’auteur n’hésite pas à égratigner cette grand-mère qui n’a eu pour seul choix que de s’endurcir pour faire face à tous les évènements que la vie n’a pas manqué de lui jeter en pleine face. À travers Antonera, Margaret Mazzantini pose la question du poids du passé sur l’avenir des générations à venir : peut-on faire abstraction de ce qui nous a construit, ne sommes-nous pas le produit de notre histoire, de l’histoire de notre famille ? Peut-on se débarrasser de ce qui est pour beaucoup intrinsèquement inscrit dans notre patrimoine familial ? Si l’auteur ne répond pas clairement à cette question, il permet au lecteur de s’interroger sur sa place dans sa propre famille et de ce qu’il est susceptible de transmettre (ou pas) à ses descendants.

Antonera mérite d’être lu ne serait-ce que pour les qualités stylistiques du récit, l’écriture est poignante sans jamais tomber dans le pathos, et l’auteur n’hésite pas à utiliser différents styles linguistiques avec un doigté véritablement exceptionnel pour donner d’avantage de corps et d’épaisseur à ses personnages, une écriture dans laquelle il n’existe aucun tabou, aucune fausse-pudeur, une écriture parfois crue mais tellement vraie.

Antonera comme toute l’oeuvre de Margaret Manzzatoni est véritablement à découvrir, vite, sous peine de passer à côté d’un des auteurs les plus talentueux de la littérature italienne contemporaine.

LES PETITES PHRASES :

  • « Quel sacré jeu de merde, la vie, quand elle commence à se renvoyer la balle avec la mort ! À moi, à toi : si seulement elles se mettaient d’accord avant, et traçaient des frontières plus nettes. Donc, si on fait le bilan, la grande faucheuse lui avait déjà pris : les deux jambes, une épaule avec le bras correspondant et la moitié (peut-être les trois quarts) du torse.

Édition présentée : Antonera, Margaret Mazzantini

Éditions 10 18, Collection Domaine étranger

2009,170 p.

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