QUAND LES COLOMBES DISPARURENT – Sofi OKSANEN

Occupation, résistance et collaboration sont les ressorts de ce roman puissant, dans une Estonie prise tour à tour au piège des communistes et des Allemands.Pour répondre aux errances de l’Histoire, chacun devra choisir un camp, un chemin. Roland, le juste combat sans relâche l’envahisseur ; son cousin Edgard, véritable caméléon épouse successivement l’idéologie du pouvoir ; enfin Juudit, sa femme est écartelée entre son amour sincère pour un officier allemand et l’hypocrisie suffocante d’un mariage raté. Mais qui sera le vainqueur de cette lutte acharnée ?

 Après Purge, Sofi Oksanen pointe une nouvelle fois la fragilité et la faiblesse de l’homme à l’égard d’une Histoire qui l’écrase et lui survivra toujours.

 

Il arrive que certains romans que vous n’attendiez pas vous touchent à tel point qu’il vous marque d’une empreinte indélébile qui vous empêche de les oublier ; d’autres au contraire sont considérés comme de véritables phénomènes d’édition. Comme tout un chacun vous les attendez, impatients de découvrir les trésors que recèlent ces romans tant encensés. Et puis…

J’ai un rapport très étonnant aux romans de la Scandinave Sofi Oksanen, Purge m’avait laissée groggy, mal à l’aise, l’écriture n’était pas en cause, ni le thème abordé, mais certaines scènes m’avaient remuées au plus profond, et cet état de tension c’était même manifesté de manière physique. À l’issue de ma lecture et même encore aujourd’hui, je suis incapable de dire si j’ai aimé ce livre. Ce qui est irréfutable c’est que je ne suis pas prête d’oublier Purge.

Lectrice quelque peu entêtée, et surtout troublée par ma première expérience avec Sofi Oksanen, j’ai décidé de faire une nouvelle tentative et de partir à la découverte de son nouvel opus.

Dans Quand les colombes disparurent l’auteur continue son travail d’exhumation de la difficile histoire de l’Estonie, le pays de sa mère. Elle brosse avec un dégoût parfois à peine contenu le portrait d’Edgard, un estonien qui ne cessera de changer de camp, de retourner sa veste, offrant ses services à celui qui détient le pouvoir dans l’Estonie occupée. On découvre cet homme multiple, quasi schizophrène à force d’opportunisme : membre de la résistance nationaliste estonienne, puis il épousera la cause nazie pour finir par devenir un bolchevique presque convaincu.

Au-delà de ces simples personnages portés par leurs petits destins, c’est l’Histoire tourmentée de l’Estonie que Sofi Oksan revisite et détricote de manière certes brillante, mais qui n’allège en rien cette noirceur pesante qui entoure chacun des mots, donnant presque au lecteur une impression de suffocation.

Pourtant, tout dans ce roman est parfaitement construit : la psychologie des personnages, la folie de ces années difficiles et liberticides est magnifiquement évoquée, certains lecteurs vont même jusqu’à évoquer un quasi-chef-d’oeuvre… Malgré toutes ces qualités, ce roman ne m’a pas touchée. Il semble que je sois définitivement imperméable au talent de Sofi Oksanen, la magie ne prend pas…

LES PETITES PHRASES :

  • « Nous savons tous que des femmes aussi prenaient part au terrorisme fasciste, malgré la sensibilité et la force génitrice caractéristique de leur sexe. Les êtres féminins qui s’étaient vendus aux hitlériens n’étaient plus des femmes, elles n’avaient plus l’apparence de spécimens de la gent féminine. Elles devenaient des spécimens de ces crapules d’envahisseurs. »
  • « Elle sentait mon pays, comme tout ce qui était né dans mon pays et se décomposerait dans mon pays, une fiancée de mon pays, et soudain j’éprouvais le besoin de lui demander pardon de l’avoir si souvent maltraitée. Entre les nuages, les étoiles scintillaient jusque dans ses yeux, semblables à des colombes sauvages baignées dans du lit. L’obscurité dissimulait ma gêne, je me taisais. La tendresse ne convenait pas à cette époque ni à ce pays. »

Édition présentée : Quand les colombes disparurent, Sofi Oksanen

Éditions Stock, Collection La Cosmopolite

2013, 399 p.

 

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Miséricorde – Jussi ADLER OLSEN

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Depuis maintenant cinq ans, Merete Lyyngard, une jeune danoise promise à un bel avenir politique est retenue dans une cage dans des conditions inhumaines. A l’époque de sa disparition, l’enquête avait conclu à un probable suicide avant d’être rapidement refermée. Suite à l’éviction de son propre service, Carl Morck un flic « cassé » par une précédente enquête qui a mal tournée, se voit confier les rênes d’un nouveau service : le département V. Et c’est dans le cadre des missions de ce nouveau département que l’affaire Merete Lyyngard va être rouverte par Morck et son mystérieux assistant syrien Hafez el Assad. Ce duo quelque peu détonnant va reprendre l’ensemble de l’enquête sous un angle complètement différent.

 Je sais ce que vous allez me dire, et vous avez raison. Encore un nouveau polar venu du froid !  Il est vrai que l’on ne compte plus ces policiers ou pseudo-enquêteur- au nom il faut l’avouer, plus qu’imprononçable- qui enquêtent de façon quelque peu « pépère dans les banlieues de Copenhague,  d’Oslo, de Stockholm ou de Fjällbacka. Et pourtant  « Miséricorde » à ce petit quelque chose en plus qui le fait sortir du lot. D’ailleurs les lectrices de « Elle » ne s’y sont pas trompées puisqu’elles l’ont élues meilleur livre policier 2012. Si Jussi Alder-Olsen ne renouvelle pas les codes du genre, sa construction du récit : l’alternance entre la détention de Merete et l’enquête de Carl, happe tout de suite le lecteur, et il est très difficile de décrocher. Et l’auteur est ingénieux : au fil du livre il a disséminé par petites touches des petits éléments qui amènent le lecteur à résoudre bien avant la fin du livre une partie de l’enquête, mais  cette résolution n’est que partielle et l’envie de tout connaître pousse aisément le lectorat jusqu’aux ultimes pages. En outre, Alder-Olsen propose une vision très réaliste de la société contemporaine danoise et des arcanes des partis politiques qui donne du relief  à l’intrigue. Enfin, le duo Carl Morck – Hafez el Assad est particulièrement bien croqué et le mystère qui entoure la personnalité d’Assad invite le lecteur à suivre les futures aventures de ce duo pas comme les autres. Un livre à consommer sans modération cet été.  La suite « Profanation » est déjà sur les tables des libraires, qu’on se le dise !

LES PETITES PHRASES :

  • « La pensée était terrifiante : c’était peut être là le sort qui l’attendait. Peut-être allait-on l’abandonner ici pour toujours. Cloîtrée jusqu’à la mort. Sans que personne ne sache où elle se trouvait, pas même elle. »
  • « Et le temps devint infini. »

 

Édition  présentée :  « Miséricorde », Jussi Adler Olsen

Albin Michel, Édition numérique

2011, 367 p.

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