L’IMPOSSIBLE PARDON – Randy Susan MAYERS

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L’ordre de la maman de Lulu était formel : ne surtout pas ouvrir à son père. Mais lorsqu’on a dix ans et que votre papa vous supplie de l’autre côté de la porte, il est difficile de ne pas céder. Malheureusement, ce n’est pas le papa qu’elle connaît et qu’elle aime qui pénètre dans l’appartement mais un homme radicalement différent : alcoolisé et hors de lui il poignarde sa femme et blesse grièvement la petite Merry âgée de six ans. Après l’emprisonnement de leur père les deux fillettes vont être confiées à leur grand-mère puis finalement envoyées dans un orphelinat avant d’être recueillies par une famille aisée qui, malgré leurs bonnes intentions ne parviendront jamais à les considérer comme leurs propres filles. Lulu et Merry vont pourtant grandir envers et contre tous. Elles vont néanmoins se construire de façon radicalement différente: l’une en niant ce père dont elle ne veut plus entendre parler et en construisant sa propre famille, l’autre en lui rendant visite régulièrement mais sans parvenir à avancer dans sa propre vie.

Si l’histoire de ces deux jeunes sœurs n’est pas forcément des plus originales (les difficultés de jeunes orphelines ont  souvent été abordées dans la littérature) j’ai trouvé la construction du récit et la psychologie des personnages particulièrement intéressantes.

La construction du roman permet au lecteur de suivre les deux sœurs sur une trentaine d’années ce qui laisse à l’auteur tout le loisir d’approfondir les stigmates laissées par le crime du père chez ses filles. Lulu, l’aînée qui culpabilise de n’avoir pu empêcher le massacre de sa mère et les blessures de sa jeune sœur va renier son père et va même, pour protéger ses deux petites filles, jusqu’à inventer un mythe familial : son père et sa mère ont péris dans un accident de voiture. Merry quant à elle, va régulièrement visiter son père en prison pendant trente ans, alors que celui-ci ne lui a jamais réellement demandé pardon. Petite, elle va le voir avec sa grand-mère apeurée, adulte elle continue à aller voir ce père qui refuse de reconnaître qu’il a hypothéqué l’avenir de de ses filles.

J’ai beaucoup aimé la façon dont Randy Susan Meyers décrit la psychologie des deux héroïnes . Je trouve qu’elle sonne très juste. En effet, si les deux sœurs construisent (ou se refusent à construire d’ailleurs) leur vie de manière radicalement différentes, l’on voit tout de même qu’elles ne peuvent se construire qu’en réaction au drame qu’elles ont vécu. L’auteur est très habile pour faire sentir au lecteur ce « déterminisme ». Ainsi, Lulu -qui culpabilise de ne pas avoir sauvé sa mère et sa sœur- est médecin pour pouvoir éviter aux autres de mourir, Merry est quant à elle agent de probation dont la mission est d’éviter à de jeunes adultes la prison. Deux choix de profession qui sont liés au drame qu’elles ont vécus, même si c’est de façon très différentes. Et lorsque qu’elle introduit deux événements qui vont bouleverser l’ordre établit comme dans la vraie vie, et faire que Lulu et Merry vont réenvisager leur vie personnelle et professionnelle de manière quelque peu différente.Randy Susan Meyers ancre davantage ces deux héroïnes dans la réalité et permet à ces deux évènements de solder le douloureux passé des protagonistes.

Je vous recommande ce livre au style fluide que j’ai dévoré, et qui est surtout à mon sens beaucoup plus riche qu’un simple livre de plage.

 

LES PETITES PHRASES :

  • « Maman était restée figée à l’âge de la mort. Lulu avait maintenant le même âge que maman quand elle était morte, mais à vingt-neuf ans, elle faisait plus jeune que le souvenir que je gardais de ma mère. La mort ajoutait des années à l’image que je me faisais d’elle. A tout jamais, elle resterait l’adulte et moi l’enfant. »
  • « Les enfants vous suçaient le sang, les molécules qui alimentaient leur maturation siphonnaient directement l’adulte responsable qui se trouvait près d’eux. »

Edition présentée : L’impossible pardon, Randy Susan Meyers

Le livre de poche
2012, 502 p.

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SORRY – Zoran DRVENKAR

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Tamara, Freuke, Kris et wolf, quatre trentenaires allemands qui se sont connus au lycée décident lors d’une soirée arrosée de fonder une agence : Sorry. La vocation de cette agence est de s’excuser à la place des autres. Dès son lancement, le succès est au rendez-vous : de nombreux hommes d’affaires et des entreprises qui estiment n’avoir pas toujours eu un comportement exemplaire envers un partenaire ou un salarié, les contactent afin de soulager leur conscience. Mais le jour où Lars Meybach les engage pour s’excuser auprès du cadavre d’une femme morte crucifiée sur un mur de son appartement, la vie des quatre fondateurs de Sorry dérape, et ils n’auront de cesse de découvrir l’identité du tueur qui paraît très bien connaître la vie et les secrets de chacun d’eux.

MON AVIS : Difficile de donner un avis tranché sur ce livre tant il m’a procuré des émotions contradictoires. Pendant la première moitié du livre l’auteur pose ses jalons, j’ai eu  parfois eu du mal à comprendre où Drvenkar voulait m’emmener, mais j’avais vraiment envie de connaître la suite. Il faut dire que le processus de narration  tient le lecteur en haleine, il alterne à la fois le « je » et le « tu », le passé et le présent. Tout cela est parfois déstabilisant, mais j’ai trouvé ce rythme assez novateur, et j’ai rapidement été happée par cette histoire singulière. En outre, la psychologie des personnages est particulièrement soignée, trop parfois ? Je m’explique : rapidement l’on se rend compte qu’il est question de pédophilie, et l’écriture de Drvenkar est tellement réaliste que l’on a vraiment le sentiment d’avoir sous les yeux un véritable pédophile, cela peut être dérangeant et donner une véritable sensation de mal être. D’autant qu’à aucun moment sur le quatrième de couverture il n’est fait mention de ce thème difficile. De même, lorsque l’enfant décrit les scènes d’abus dont il est victime, on se demande vraiment comment l’auteur peut décrire avec une telle véracité des faits aussi difficiles. Je me suis même demandée si Drvenkar n’avait pas lui-même vécu ces scènes d’horreur pour les rendre aussi réelles. Mais la pédophilie  n’est pas le seul thème abordée, il est aussi question de culpabilité, de pardon et de repentance. Et j’ai beaucoup aimé la façon dont ces thèmes sont abordés, jamais de façon explicite, mais le processus de narration invite vraiment le lecteur à y penser. Impossible pour moi de conseiller ou pas ce livre. Je dirais simplement qu’il n’est sûrement pas à mettre entre toutes les mains, qu’il est parfois éprouvant et choquant, mais tellement singulier et bien écrit (d’ailleurs il a été publié chez Sonatine ce qui est presque en soi un gage de qualité). Une expérience a tenté peut être cet été mais pour des lecteurs avertis !

LES PETITES PHRASES :

  • « L’homme a lu que tous les êtres humains étaient reliés entre eux. Par le mental ou les gènes, il ne s’en souvient plus. Il sait juste que c’est à l’origine des aversions et des sympathies infondées. Dès sa naissance, chaque homme a un passé qui l’accompagne toute sa vie. Peu importe où il est, qui il est. Et à l’instar des êtres humains, tous les évènements sont reliés. Rien ne se produit qui n’ait un sens. »
  • « Il ferma l’eau et tendit l’oreille. Il était sans inquiétude. La maison absorbait les cris comme une terre sèche une averse soudaine. L’homme regarda sa montre. Il accorderait au garçon deux heures pour se calmer, puis il retournerait le voir. »

Édition présentée : « Sorry », Zoran Drvenkar

Le livre de poche
2012, 498 p.
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