CET AUTRE AMOUR – Dominique DYENS

Tu crois que c’est normal d’être amoureuse de son psy ?

« L’histoire que je m’apprête à raconter est une histoire d’amour. Une vraie, une incroyable histoire d’amour, qui m’a saisie par surprise et à laquelle il m’a été impossible de résister. Pendant deux longues années, peut-être davantage, j’ai mené une double vie. Je parlerais plutôt d’une vie double, c’est-à-dire fragmentée, divisée entre une vie conjugale heureuse, ouverte au regard des autres, et une vie intime, secrète, qui a puisé son inspiration dans les profondeurs de mon inconscient. »
Quel est ce lien d’« amour » unique qui unit un(e) patient(e) à son (sa) psychanalyste ? C’est donc ça, le transfert? Telle est la question que tente de cerner la narratrice de Cet autre amour lorsque, amenée à entreprendre une thérapie à la suite d’un choc émotionnel violent, elle tombe amoureuse de son analyste. Ce récit à la fois pudique et cru d’un amour hors du commun rend un vibrant hommage à la fascinante aventure affective et intellectuelle qu’est la psychanalyse.

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Il fallait de l’audace pour se lancer dans l’écriture d’un roman tel que Cet autre amour. Pourquoi ? D’abord, parce qu’il aurait été facile de tomber dans l’écueil du roman cliché qui déroule une histoire d’amour entre un analyste et sa patiente, un faux pas qu’évite sans aucune difficulté Dominique Dyens ; ensuite, parce qu’il n’est pas chose aisée de permettre au   lecteur de se glisser au cœur même de ce qui se joue au sein d’une cure psychanalytique, sans verser dans le voyeurisme, sans dévoyer le sens même de l’analyse.

Une incroyable histoire d’amour

C’est avec beaucoup d’habilité que Dominique Dyens aborde la notion de Transfert dans la cure, ce lien qui se noue entre l’analysé et l’analysant, un lien puissant et donc déroutant pour le bénéficiaire du travail psychanalytique. Dans le cas de la narratrice de Cet autre amour, ce lien se manifeste sous la forme d’un amour passionnel envers son psychanalyste. Un amour qui désarçonne parce qu’il est source à la fois d’un bonheur incommensurable, vivant, revitalisant mais aussi d’une souffrance et d’une culpabilité angoissante : Comment est-il possible de tomber amoureuse d’un autre homme que son mari ? Un mari que la narratrice aime follement depuis plus de vingt-sept années.

Une quatrième dimension affective

Mais plus qu’un roman sur la cure psychanalytique ou sur le Transfert (même si Dominique Dyens se fait une passionnante ambassadrice de la psychanalyse en démontrant avec brio la manière dont cette thérapie analytique permet « de sonder les profondeurs de notre âme pour en extraire les émotions intactes » afin d’alléger et libérer le patient), Cet autre amour est un roman qui explore cette autre forme d’amour, ce sentiment puissant ressenti par l’analysé, cette quatrième dimension affective qui n’a rien de commun avec l’amour éprouvé pour son compagnon de vie, ses enfants ou ses parents. Dominique Dyens de sa plume fine et incisive dissèque cette relation si particulière car unilatérale et donc source de frustration, de douleur autant que de passion. Une relation obsessionnelle, dévorante.

Une expérience de vie hors du commun

Cet autre amour est le roman d’une expérience de vie hors du commun, le roman d’un amour particulier, inclassable, presque tabou. Dominique Dyens en entrebâillant la porte du cabinet de l’analyste, permet au lecteur de mieux appréhender ce qui se joue au sein de cette cure, la violence des sentiments éprouvés alors que l’analysé n’y est pas préparé, et sa libération lorsque les fils de son existences, emmêlés  à l’aune de ses expériences, se desserrent puis se dénouent

Un roman sincère et profond

J’ai été véritablement touchée par la sincérité, la profondeur et l’empathie de ce roman, qui lève le voile sur des sentiments qui sont finalement très peu évoqués. Dominique Dyens en revenant sur l’expérience de sa narratrice (dont on ne peut s’empêcher de se demander quel est le degré de part autobiographique) lève un coin du voile sur ce qui se joue au sein des cabinets feutrés des psychanalystes. Le lecteur vibre, ressent les questionnements, la passion qui consume la narratrice, son désarroi lorsqu’elle doute… Une lecture éclairante et captivante !

 

Édition présentée : Cet autre amour, Dominique Dyens

Éditions Robert Laffont

ISBN :9782221197453

2017, 234 p. (18 euros), disponible au format numérique

 

L’auteur : Écrivain, Dominique Dyens est notamment l’auteure de huit romans, parmi lesquels La Femme éclaboussée (Héloïse d’Ormesson 2000), Intuitions (Héloïse d’Ormesson 2011), Délit de fuite (Héloïse d’Ormesson 2008), Lundi noir (Héloïse d’Ormesson 2013) et Cet autre amour (Robert Laffont, 2017).

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SURVIVRE – Frederika Amalia FINKELSTEIN

«Le soir du 13 novembre, j’ai compris que la guerre pouvait éclater en bas de chez moi – une forme inouïe de guerre. La peur et la méfiance sont devenues normales : je vis en attendant le prochain attentat.
Le soir du 13 novembre, ma génération s’en est prise à elle-même : les assassins avaient le même âge que les assassinés.
Survivre est un hommage à cette génération, née avec les écrans, ultraconnectée, et pourtant en proie à une immense solitude.
Nous voulons être libres : parfois pour le meilleur, parfois pour le pire.»

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« Quand la mort se lève devant vous et qu’elle vous frôle, ne demeure qu’un seul mot : survivre.« 

Survivre : continuer à vivre, à exister après un événement, la fin d’une époque, la disparition de quelqu’un… Rester en vie après quelque chose (accident, catastrophe) susceptible d’entraîner la mort. Voici la définition que donne le Larousse du terme survivre. Ce verbe renferme en lui l’idée de continuer malgré tout, de vivre avec. Et pour nous tous, il s’agit de continuer à vivre avec la violence inhérente aux attentats, continuer à avancer malgré l’incompréhension et avec l’idée d’une répétition à venir.
Dans ce deuxième roman, Frederika Amalia Finkelstein pour apaiser la colère et la suffocation qui l’ont saisi après les attentats du 13 novembre et par volonté de ne pas subir, tente de comprendre cette violence extrême qui nous a tous laminés, de la regarder en face. Elle veut saisir pourquoi des jeunes gens en assassinent d’autres dans des lieux dévoués à la détente comme les terrasses de café et à la culture : le Bataclan.

Survivre : faire face

Chacun des mots de ce roman marque la volonté de faire face plutôt que de continuer à vivre avec la peur. La jeune auteur va loin dans sa tentative de compréhension, elle relate l’obsession de sa narratrice : voir pour mieux appréhender pour faire reculer cet état d’hébétude : observer, analyser dans les moindres détails cette photo qui a circulé sur internet, ces corps dans la fosse du Bataclan. Elle n’élude rien, n’aseptise rien des violences et tueries de masses commises par des jeunes désœuvrés dont l’endoctrinement est facilité par les réseaux sociaux. La jeune narratrice de Survivre s’inflige volontairement les photos des stigmates de la violence pour se sentir vivante, pour ancrer dans sa conscience qu’elle est, que nous sommes tous des survivants, des survivants en sursis ?

Ce roman est dérangeant, douloureux, il place parfois le lecteur dans un état d’angoisse et d’asphyxie difficilement supportable. Pas tant par la puissance des descriptions qui impriment sur la rétine des images d’une violence quasi-insoutenable, mais parce qu’il lui fait prendre conscience que les évènements qu’il relate ne font pas partie d’une histoire passée contemporaine sur laquelle nous revenons, mais une histoire que nous sommes en train de vivre, aujourd’hui, en ce moment même. Et c’est lorsque cette pensée prend tout son sens que le lecteur commence à manquer d’air.

Un roman qui regarde notre société dans les yeux

On l’aura compris, ce roman est difficile à lire, il est porteur de beaucoup de colère, de gravité, il aborde les maux de nos sociétés modernes : la solitude plus présente que jamais, le désœuvrement, le sentiment de non-appartenance, il fait forcément résonance chez le lecteur, qui a peu ou prou éprouver les mêmes sentiments que la narratrice face aux évènements du 14 novembre. Survivre prend aux tripes, nous plonge dans un état de malaise parce qu’il évoque ces peurs que l’on tente de ne pas afficher, ce sentiment d’impuissance face à la menace. Il permet de façon salutaire de regarder notre société dans les yeux en toute conscience.

Survivre scrute ce point de non-retour que nous avons dépassé. Mais s’il évoque la violence, la mort, il n’est en rien morbide, il permet au contraire au lecteur d’avancer dans sa compréhension du monde, et de se sentir peut être encore davantage vivant. Un roman nécessaire.

 

Édition présentée : Survivre, Frederika Amalia Finkelstein

L’arpenteur

ISBN : 9782072741241

2017, 144 p. (14 euros) disponible au format numérique

 

L’auteur : Frederika Amalia Finkelstein étudie la philosophie à Paris. Elle et l’auteur de L’oubli.

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