POUR QUE RIEN NE S’EFFACE – Catherine LOCANDRO

Cette histoire commence par la fin : une femme de soixante-cinq ans retrouvée morte dans un studio parisien. La défunte est pourtant loin d’être une inconnue. Mais qui se souvient d’elle ?

Récit à rebours, Pour que rien ne s’efface dessine les contours d’une vie, comblant les vides et les silences. À travers douze témoignages – une gagnante du loto, un voisin et ami, ou encore
un amant à jamais blessé –, Catherine Locandro, en détective, retrace l’itinéraire d’une icône du cinéma déchue. Elle rembobine le fil de l’existence de l’actrice, succession de rencontres, d’évitements et de hasards, jusqu’à sa naissance
sur la Côte d’Azur, au Cannet. Un requiem élégant, à la beauté cruelle, qui fixe magnifiquement le portrait de Lila Beaulieu.

Pour-que-rien-ne-s-efface-Catherine-Locandro-Éditions-Héloïse-d-Ormesson

Qui se souvient de Lila Beaulieu, une femme de soixante-cinq ans retrouvée morte dans une chambre de bonne en plein cœur de Paris dans un état de décomposition avancée ? Qui était cette femme morte seule, oubliée ?

La défunte est loin d’être une inconnue pour les cinéphiles, Liliane Garcia connue sous le nom de Lila Beaulieu fut une étoile montante du cinéma français, dont la carrière et la vie furent brisées en pleine ascension.

Dans ce roman choral remarquablement agencé, Catherine Locandro, prête parole à douze personnes qui ont tous croisé – réellement ou virtuellement, de son vivant ou alors qu’elle n’était déjà plus- l’existence  de Lila Beaulieu. Chacun d’entre eux se remémore sa relation avec l’actrice oubliée, celle qu’elle fut : une femme multiple que la vie n’a pas épargnée, et dessine en creux sa propre vie.

Si Pour que rien ne s’efface est un formidable et subtil portrait de femme, il est aussi une réflexion âpre sur nos propres vies, sur l’amour, la haine, la culpabilité et sur ces pardons si difficiles à octroyer à ceux qui nous ont fait souffrir. Catherine Locandro y interroge notre rapport aux autres et à l’importance que l’on donne à ceux qui traversent  de près ou de loin nos vies.

Pour que rien ne s’efface est un roman poignant sur ces vies brisées, sur ceux que l’on a oubliés, pour les retenir un peu afin que rien ne s’efface…

 

Édition présentée : Pour que rien ne s’efface, Catherine Locandro

Éditions Héloïse d’Ormesson

ISBN : 9782350873893

2017, 208 p. (18 euros) disponible au format numérique

L’auteur : Née à Nice en 1973, Catherine Locandro vit aujourd’hui à Bruxelles. Son premier roman Clara la nuit (2005) a reçu le prix René Fallet. Cette scénariste – primée en 1997 pour L’Amour est à réinventer, dix histoires d’amour au temps du sida – a publié aux Éditions Héloïse d’Ormesson Les Anges déçus (2007), Face au Pacifique (2009), L’Enfant de Calabre (2013) et L’Histoire d’un amour (2014).

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L’ABANDON DES PRÉTENTIONS – Blandine RINKEL

« Qu’est-ce qu’une vie réussie ? » Au bic, Jeanine recopie la question sur un post-it, puis, comme chaque jour, part marcher. Croisant, au cours de ses dérives, divers visages : un architecte syrien fuyant son pays, un danseur étoile moscovite, une mythomane espagnole…
Ne sous-estime-t-on pas, d’ordinaire, l’amplitude des voyages intérieurs suscités par ces rencontres fortuites ?
Sans doute fallait-il, pour en prendre la mesure, le regard d’un proche. C’est sa fille qui dresse le portrait de cette femme de soixante-cinq ans, en autant de fragments, composant un kaléidoscope où se confondent le monde et une mère.

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L’abandon des prétentions, le premier roman de Blandine Rinkel est l’esquisse sensible et pleine de douceur du portrait d’une mère de soixante-cinq ans par sa fille.

Une mère qui cache sa non-estime de soi derrière une générosité et une empathie qui comblent les trous de son quotidien de  jeune retraitée de l’éducation nationale. Par fragments, soixante-cinq, comme pour marquer les soixante-cinq années de sa mère, Blandine Rinkel fait entendre la discrétion d’une femme au « pessimisme enjoué ». Une sexagénaire divorcée, qui porte une attention toute particulière à l’état du monde en recevant dans sa cuisine rose les oubliés, les étrangers,  pour tenir éloignée la solitude et comme pour mieux se fondre dans une discrétion qui la protège du regard des autres qu’elle peine à assumer.

Dans ce premier roman à la fois tendre et intime, Blandine Rinkel a su trouver la juste distance pour évoquer cette mère qu’elle aime et dont elle se sait aimée. Elle dessine avec subtilité les contours de cette femme qui, petite fille issue de la paysannerie bretonne voulait toucher l’horizon, et qui alors qu’elle avait été la première jeune femme de son village à obtenir le baccalauréat, s’était très vite résolue à « ne plus se livrer aux concours de la reconnaissance sociale », à abandonner toutes prétentions.

L’abandon des prétentions est porté par de nombreuses fulgurances qui cueillent littéralement le lecteur tant elles sont chargées d’une véracité sur notre monde qui ne lui était jamais apparue avec autant de netteté, mais qui passée dans le tamis de l’écriture de l’auteur font tout à coup sens.

C’est un très beau roman que livre le jeune auteur, un premier roman en lice pour le Goncourt du premier roman dont je ne peux résister au plaisir de vous livrer une phrase qui reflète si bien l’esprit de ce roman : « Il nous faudrait écrire un livre sur chacun de nos proches, pour apprendre au gré des pages, combien nous les aimons. » Un formidable hommage à la mère, pour que jamais, elle ne disparaisse…

 

 

Édition présentée : L’abandon des prétentions, Blandine Rinkel

Fayard

ISBN : 9782213701905

2017, 248 P. (18 euros) disponible au format numérique

 

L’auteur : Née en 1991, Blandine Rinkel écrit pour divers médias (Le matricule des anges, France Inter,  Citizen K, Gonzai…) et collabore au mouvement Catastrophe. L’abandon des prétentions est son premier roman.

 

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