PARMI LES MIENS – Charlotte PONS

 « Il y a peu de choses que je n’acceptais pas venant de maman. La voir mourir en faisait partie. » Quand le médecin leur annonce que leur mère est vivante mais en état de mort cérébrale, Manon laisse échapper qu’elle préfèrerait qu’elle meure . C’est trop tôt pour y penser, lui répondent sèchement Adèle et Gabriel.
Délaissant mari et enfant, Manon décide de s’installer parmi les siens. Au cœur de cette fratrie grandie et éparpillée, elle découvre ce qu’il reste, dans leurs relations d’adultes, des enfants qu’ils ont été. Et tandis qu’alentour les montagnes menacent de s’effondrer, les secrets de famille refont surface. Qui était vraiment cette mère dont ils n’ont pas tous le même souvenir ?
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La très sobre et très douce couverture du premier roman de Charlotte Pons est à la fois belle et presque trompeuse. Elle semble promettre un roman posé et presque serein. Or, Parmi le miens n’est rien de tout cela. La couverture est tout au contraire le dernier rempart avant la bombe à fragmentation qui explose la vie de Manon, ainsi que celle de toute sa famille. Sa mère, cette mère aimante à sa façon, insaisissable et tellement secrète, victime d’un accident vient d’être déclarée en état de mort cérébrale.

Une famille au bord de l’implosion

Une mère est souvent le socle d’une famille, probablement encore davantage lorsque ses enfants devenus adultes ont pris leur envol.  Lorsqu’une mère, celle qui  a nourri, éduqué avec les mêmes principes chacun de ses enfants devient  défaillante, il n’est pas rare que la cellule familiale implose. Peut-être parce que, comme l’écrit l’auteur de manière abrupte : « Ce qu’il reste d’une famille une fois enfants devenus adultes ne tient pas à grand-chose »… Elle tient, il me semble, au contraire,  tant que la mère, le ciment, le socle est là.

Où il est question de fin de vie digne

Parmi les miens est le roman de  l’implosion d’une famille dont chacun des membres réagit de manière très différente aux épreuves de la vie. Charlotte Pons à travers l’histoire de Manon, aborde la douloureuse question de la disparition de ses propres parents et des décisions collégiales qu’une fratrie peut être amenée à prendre, alors que chacun de ses membres à évoluer de manière différente. L’auteur de sa plume vive, mais sèche parfois, n’élude rien des rancœurs qui remontent à la surface, des violentes disputes face à ce que l’on aimerait ne jamais avoir à envisager : l’euthanasie celle qui vous a mis au monde.

C’est souvent la respiration coupée, avec un vague sentiment de malaise que le lecteur observe Manon se débattre pour ne pas sombrer, bouleversé par une maternité qu’elle ne parvient pas à assumer, par cette indifférence qu’elle ressent face à son enfant de huit mois et la prochaine et inéluctable disparition de sa mère.

Un roman qui pose des questions essentielles

Si Parmi les miens, peut parfois déranger tant il aborde des sujets difficiles et tabous dans une société où l’on se doit d’afficher une vie dans laquelle tout est parfait, il pose également des questions essentielles : comment permettre à ses parents de s’en aller dignement ? Comment réinvestir sa fratrie lorsque les liens se sont délités depuis des années déjà ? Comment créer un lien son enfant lorsque votre mère vous a si peu donner d’elle-même ?

Avec violence, et un léger soupçon d’humour salvateur parfois, Parmi les miens scrute les non-dits, les secrets qui s’insinuent dans tous les interstices des relations familiales qui asphyxie et  mène parfois au bord du gouffre.

Ce premier roman, mérite d’être découvert parce qu’il n’est jamais complaisant, parce qu’il bouleverse parfois et dérange souvent, et pour ses très belles dernières pages…

Édition présentée : Parmi les miens, Charlotte Pons
ISBN : 9782081414150
2017, 192 p. (18 euros) disponible au format numérique
 
L’auteur : Charlotte Pons a passé huit ans au sein d’une rédaction parisienne comme journaliste culture et chef d’édition. Elle a créé en 2016 les ateliers d’écriture Engrenages & Fictions. Parmi les miens, qui paraîtra en août 2017 aux Éditions Flammarion, est son premier roman.
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MA REINE – Jean-Baptiste ANDRÉA

Shell n’est pas un enfant comme les autres. Il vit seul avec ses parents dans une station-service. Après avoir manqué mettre le feu à la garrigue, ses parents décident de le placer dans un institut. Mais Shell préfère partir faire la guerre, pour leur prouver qu’il n’est plus un enfant. Il monte le chemin en Z derrière la station. Arrivé sur le plateau derrière chez lui, la guerre n’est pas là. Seuls se déploient le silence et les odeurs de maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai.

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Jean-Baptiste Andréa a, un jour, forcément arrêté de grandir ou peut-être –   lorsqu’il était encore un enfant qui posait sur le monde des yeux que la vie ne s’était pas encore chargée d’assombrir-  prenait-il des notes pour, plus tard, raconter le monde à hauteur d’un tout jeune adolescent quelque peu différent. L’histoire de ne le dit pas, et après tout peu nous importe.

Tendre et poétique

Ce qui est important est que Ma reine, son premier roman, est un livre doux, tendre et poétique, qui oscille en permanence entre rêve et réalité. Un roman qui en quelques mots, au détour d’une simple phrase permet au lecteur de se reconnecter avec l’enfant qu’il a été. C’est simple, c’est rare et c’est éminemment  précieux.

Ma reine se  fait parfois  conte initiatique, fable ou roman d’apprentissage, mais est surtout  un texte singulier qui déroule la drôle de  rencontre entre« Shell »  mi-homme mi-enfant si attachant et Viviane une jeune fille éthérée  qui aurait pu être une fée, mais qui s’est désignée reine.

Une vision du monde délestée de tout ce qui le ternit

J’ai lu Ma reine des étoiles dans les yeux, souvent ; la gorge nouée, parfois, sa beauté réside en la façon dont Jean-Baptiste Andréa parvient tel un magicien à inventer une vision du monde, celle de Shell délestée de tout ce qui le ternit, de tout ce qui le surcharge et l’assombrit.

Certains évoqueront Vian, d’autres Giono. Peut-être… Ce qui est sûr c’est que tout sonne juste :  les sentiments comme ces jeux d’enfants dans le maquis. Les paysages, leurs odeurs et les silences.

Lumineux  et éthéré Ma reine, est l’un des très beaux romans de cette rentrée…

 

Édition présentée : Ma reine, Jean-Bapstiste Andréa

L’Iconoclaste

ISBN : 9791095438403

2017, 240 p. (17 euros)

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