LES DÉRAISONS – Odile D’Oultremont

La vie d’Adrien et de Louise est un chaos enchanteur. Méritant et réservé, il travaille pour assurer leur quotidien. Ouvrière qualifiée de l’imaginaire, elle désaxe la réalité pour illuminer leur ordinaire. Leur équilibre amoureux est bouleversé le jour où l’agenda stratégique de l’employeur d’Adrien coïncide avec la découverte de tumeurs dans les poumons de sa femme. Pendant que les médecins mettent en place un protocole que Louise s’amuse à triturer dans tous les sens, l’employé modèle est exilé par un plan social aux confins d’un couloir. Sidéré, Adrien choisit pour la première fois de désobéir: il déserte son bureau vide pour se dévouer tout entier à Louise, qui, jour après jour, perd de l’altitude. Mais peut-on vraiment larguer les amarres et disparaître ainsi sans    prévenir ? Et les frasques les plus poétiques peuvent-elles tromper la mélancolie, la maladie et finalement la mort ?

les déraisons - odile d oultremont - les éditions de l'observatoire

Ils sont rares ces livres qui,  alors que vous y pensez très tôt au réveil, vous donnent envie de vous lever pour en retrouver les doux dingues protagonistes. Ces livres dans lesquels l’auteur mêle avec une dextérité rare humour, poésie et fantaisie. Ces livres qui vous font manquer votre arrêt de métro tant les subtils agencements de mots vous hypnotisent et, vous laisseraient presque à penser, que leur auteur invente sa propre langue, une langue que l’on comprend sans jamais l’avoir apprise, une langue qui fait un détour par votre cœur avant de faire pétiller votre cerveau.

Elles sont rares ces pépites littéraires qui  font marcher quelques centimètres au-dessus du sol, qui  donnent envie d’embrasser la vie, qui instillent dans le gris de nos existences de la légèreté et de la couleur, Les déraisons d’Odile d’Oultremont est l’une d’elles.

Les Déraisons est un roman qui réenchante, et qui d’entre nous n’en éprouve pas le besoin ? Louise et Adrien le formidable couple au centre de ce roman durant quelques heures une véritable bouffée d’oxygène pour le lecteur… La lecture de leur histoire est une véritable parenthèse enchantée.

Si ce roman , ode à l’amour au couple et à l’anticonformisme, ode à tous ceux qui refusent de se laisser dicter leur vie et leur façon de penser, insuffle une légèreté rassérénante, il n’est – que l’on ne s’y méprenne pas – en rien un roman « léger ». Avec beaucoup de grâce et d’ingéniosité, il met en exergue les maux dont souffrent le monde du travail : ces restructurations qui déshumanisent, ces ressources humaines qui traitent de tout sauf de l’humain. Et il aborde avec luminosité l’une de nos plus grandes craintes, celle de mourir comme celle de voir l’être aimé s’éteindre. Ce moment où il nous faudra quitter la vie et accepter de nos laisser glisser vers l’inconnu.

Très gros coup de cœur pour Les déraisons !  publié par les Éditions de l’Observatoire, qui démontre qu’une jeune maison d’édition peut également être très belle maison d’édition.

 

 

Édition présentée : Les déraisons, Odile d’Oultremont

Les Éditions de l’Observatoire

ISBN : 9791032900390

2018,  220 p. (18 euros) disponible au format numérique

 

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LES BOUÉES JAUNES – Serge Toubiana

« Durant les derniers mois de sa vie, un thème motivait secrètement Emmanuèle, dont elle me parlait à peine. C’était trop intime, difficilement formulable, même entre nous. Un jour, elle me dit qu’elle désirait écrire sur le bonheur. J’ignore ce qu’aurait été ce livre et je donnerai cher pour le savoir. Cette question du bonheur la hantait, elle la plaçait au coeur de tout. Le simple fait de poser la question prouvait sa force de caractère et son incroyable sérénité. J’en étais bouleversé. “Et toi, tu vas tenir ?” » Un homme écrit sur la femme qu’il a aimée et perdue. Emmanuèle Bernheim était un grand écrivain. Serge Toubiana raconte leurs vingt-huit ans de vie commune, dans un texte où la sobriété le dispute à l’émotion.

les bouees jaunes - serge toubiana - stock - 2018

 Juin 2017, jour de remise du Grand Prix des Lectrices de Elle, en entrant dans la salle que j’ai découverte trois ans plus tôt lors de ma première participation à ce prix, je suis saisie d’une très grande émotion et je ne peux m’empêcher de penser à Emmanuèle Bernheim – décédée depuis peu – que j’ai eu la chance de rencontrer dans ce même lieu alors qu’elle venait recevoir le Grand Prix de la catégorie Documents.

 

De ces rencontres que l’on n’oublie pas

Le livre pour lequel elle venait recevoir le prix Tout s’est bien passé m’avait pris aux tripes, ce récit gratté à l’os dans lequel elle revenait sur l’aventure que fût la mort choisie de son père était profond, direct, drôle parfois et venait pointer des thèmes qui me touchent depuis longtemps. Ce livre, je le découvrirai lors des tables rondes auxquelles nous allions participer, lui ressemblait : franc, direct, abordant toutes les questions autour de la fin de vie choisie sans tabou. Pendant tout le temps durant lequel elle aborda sa relation conflictuelle avec son père, ses doutes quant à sa capacité à l’accompagner jusqu’au bout, je fus littéralement hypnotisée par son regard si intense, presque magnétique, sa façon d’envisager la vie, de la prendre à bras-le-corps, et par la franchise de son propos. Je garde précieusement l’exemplaire de son livre qu’elle m’a dédicacé.

C’est dire si le livre de celui qui fût son compagnon pendant près de trente ans m’a émue. Dans ce récit aussi lumineux qu’était le regard de celle qu’il a tant aimé, Serge Toubiana nous offre la possibilité de faire réellement connaissance avec une femme d’exception. Si l’écriture lui a permis d’amorcer le travail de deuil, jamais le chagrin, la tristesse ne vient ternir son propos. Tout au contraire, à travers ce récit pudique écrit avec sobriété, il fait revivre Emmanuèle Bernheim, il nous la raconte nageant jusqu’aux bouées jaunes ; tombant amoureuse d’une maison sur l’île de Groix ; travaillant sur un roman, revenant sans cesse sur les phrases pour les dégraisser et n’en garder que l’essentiel ; recevant dans la chambre d’hôpital dans laquelle elle va s’éteindre ses amis dont Catherine Deneuve, Olivier Assayas ou Michel Houellebecq pour discuter de la vie et du bonheur. Lors de ma rencontre avec Emmanuèle Bernheim, j’avais été frappé par ce qu’il se dégageait de cette femme, sa façon d’envisager la vie, son charisme, ce côté solaire que l’on rencontre chez peu de gens. Et ce sont ses qualités si difficiles à définir que Serge Toubiana parvient à mettre en lumière au détour, d’une phrase, d’un mot…

Après avoir lu Les bouées jaunes, j’ai ressenti le besoin de relire Tout s’est bien passé, je l’ai lu différemment à l’aune de ce que Serge Toubiana confie dans Les bouées jaunes, et ma lecture s’en est trouvée enrichie, éclairée. Il me reste désormais les  autres romans d’Emmanuèle Bernheim à lire, à relire, afin de continuer à faire vivre l’œuvre de celle qui m’avait tant impressionnée…

Édition présentée  : Les bouées jaunes – Serge Toubiana

Collection La Bleue, Éditions Stock

ISBN : 9782234085046
2018, 160 p. (18 euros) disponible au format numérique
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