Pour lui – Peggy Silberling (avec la collaboration d’Harold Cobert)

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Nombre de chroniques et avis fleuriront peut-être (je l’espère vraiment) sur le web au moment de la sortie de ce livre, certains s’en plaindront sûrement, arguant du fait que les blogs sont de plus en plus consensuels, ne chroniquant que les livres qui leur sont aimablement envoyés par les maisons d’édition. Et je les comprends, moi qui  peste souvent de voir chroniquer les mêmes livres, les mêmes avis à quelques nuances près. Et pourtant, au risque de paraître inconstante, j’espère que Pour lui fera parler de lui  grâce aux blogueurs, aux journalistes et bien évidemment aux libraires et que la voix, le combat (car c’est bien un combat que porte ce livre) de Peggy Silberling sera lu, entendu, et parviendra jusqu’aux familles qui, ont vécu, vivent ou vivront la violence de leur enfant.

Je ne connais pas Peggy Silberling, tout juste  avons-nous eu l’occasion de parler quelques minutes de son livre, il y a quelques semaines dans les allées du salon du livre, alors que j’allais saluer Harold Cobert. Sa franchise, sa sincérité et la manière dont elle évoquait son récit à paraître m’ont d’emblée donné envie de le lire.

Écrire que ses paroles m’ont touchée, émue serait bien peu et serait presque faire offense à cette femme, cette mère avec laquelle j’ai conversé et que j’ai retrouvée tout au long de ce récit qui se lit comme un roman. Un roman,  si ce n’est que les personnages ne sont pas des êtres de papier, mais bien des personnes de chair et de sang que la vie n’a pas épargnés.

Le récit d’une mère-lionne

Peggy Silberling n’est pas une mère courage, ce terme renvoie trop souvent à la définition d’une mère qui par abnégation se sacrifie pour ses enfants au point de s’oublier elle-même. Peggy est tout au contraire une mère lionne, une femme qui depuis toujours s’est démenée pour s’en sortir seule.

Peut-on imaginer la souffrance d’une mère, n’ayant plus comme choix pour sauver son fils de 17 ans, que de porter plainte contre lui (et donc pour lui), après avoir tout tenté : les lettres, mails et visites aux services sociaux, aux juges aux affaires familiales, aux médecins…

Pour lui est une véritable mise à nue, le récit du combat d’une mère qui subit au quotidien la violence de son fils et qui n’est entendue par aucune institution. C’est le cri d’une femme qui ne se résout pas à voir son fils s’autodétruire et  entraîner avec lui ceux qui l’aiment.

Un livre pour briser un tabou

Avec beaucoup de pudeur, de rage et d’amour Peggy Siberling fait sauter un tabou, celui de la violence des adolescents envers leurs parents. Elle pose des mots sur une souffrance vécue dans la solitude par des familles qui par honte, par culpabilité n’osent  en parler.

Ces familles existent, dans ma précédente vie professionnelle, j’en ai rencontré quelques-unes, meurtrie par la violence de leur enfant, désemparée, s’épuisant à chercher où elles avaient pu être défaillantes.

Je l’ai écrit précédemment, le récit du combat de Peggy Silberling se lit comme un roman. Parce qu’il est construit comme tel. Ce récit qui fait aussi œuvre de littérature est agencé de telle manière qu’il permet au lecteur de comprendre comment la violence d’un enfant peut prendre en partie racine dans son histoire familiale.

Peggy Silberling, n’est pas une mère courage c’est une femme résiliente qui a décidé de parler, de faire connaitre son histoire.  Puisse son livre faire comprendre à ces familles qui se taisent qu’elles ne sont pas seules, et qu’elles ne sont pas coupables de la violence de leurs enfants. Puisse ce livre lever ce tabou qui ronge et fait exploser des cellules familiales fragilisées.

Édition présentée : Pour lui, Peggy Silberling (en collaboration avec Harold Cobert)

Stock

ISBN : 9782234086159

2019, 288p (19 euros) disponible au format numérique

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« Dis, c’est comment de travailler dans une grande librairie ? »

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Depuis que j’ai le bonheur de travailler dans une grande librairie, il n’est pas un mois sans que des personnes de mon entourage ou sur les réseaux sociaux ne me disent « Tu as de la chance, j’ai toujours rêvé de travailler dans une librairie » ou ne me demandent :  « Alors, comment ça fait de travailler dans une librairie ? »  Je vous raconte ?

J’ai de la chance de travailler dans un tel lieu,  j’en suis consciente, et croyez-le ou pas je me le répète comme un mantra chaque jour lorsque je pénètre dans ce lieu magique par une petite porte bien avant l’ouverture au public.

Le privilège de réveiller les livres

Car oui, j’ai ce privilège – et je crois que jamais je ne m’en lasserai –   d’être l’une des premières, avec quelques collègues, d’entrer dans la librairie le matin et de  pouvoir « réveiller les livres », expression que j’emprunte à l’une de mes amies que certains d’entre vous reconnaîtront sûrement.

Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours rêvé de me retrouver seule dans une librairie, d’être enfermée en son sein et d’avoir, l’espace de quelques heures, pour seule compagnie les livres, c’est ce que je vis chaque matin. Qui a dit que les rêves ne devenaient jamais réalité ?

Me promener dans la librairie le matin, alors qu’aucun client n’a encore franchi le seuil de la librairie, est un plaisir tous les jours renouvelé puisque mes collègues en charge des rayons refont leurs tables quotidiennement,  j’ai ainsi la chance de pouvoir saluer chaque nouveau livre, le plaisir d’en lire les quatrièmes de couverture dans le silence et en humant le parfum de l’encre à peine sèche et du papier blanc, qui jamais encore n’a été feuilleté. Le plaisir aussi de pouvoir leur chuchoter, à ces petits nouveaux intimidés, effrayés par leurs illustres voisins, que tout va bien se passer, qu’ils sont entre de bonnes mains.

J’ai toujours été attiré par les librairies, certaines personnes lorsqu’elles arrivent dans  une ville, ne peuvent la quitter sans avoir visité son église, je cherche toujours quant à moi si elle abrite une librairie, et je ne peux résister au plaisir d’en admirer la vitrine et d’y pénétrer afin d’y découvrir à travers les coups de cœur soigneusement accroché aux livres, les personnalités de ceux qui la font vivre. Et cela est encore plus vrai aujourd’hui. 

 

Travailler dans une grande librairie c’est…

Travailler dans une grande librairie, c’est travailler dans un véritable lieu de vie, un lieu qui abrite des milliers de références, donc des milliers de potentialités : de voyages à faire, de sentiments à éprouver, de personnages à rencontrer, de tableaux à contempler.

Travailler dans une grande librairie, c’est travailler avec des dizaines des libraires (mais pas que) qui connaissent leur rayon sur le bout des doigts, des collègues qui sont heureux de dénicher pour un client le livre avec lequel il voudrait repartir, mais dont il ne connaît au mieux qu’un bout du titre, au pire que le nom  tronqué de l’auteur.

 

Mais c’est aussi…

Mais travailler dans une librairie, c’est aussi prendre conscience  que c’est un lieu que certains redoutent, appréhendent comme un temple réservé à une élite. Un lieu dont ils n’oseront jamais pousser la porte, pensant que le prix du livre y est plus élevé qu’en supermarché ou sur internet, que les libraires ne sont pas accessibles et qu’il y encore beaucoup de travail à faire, pour les amener à venir nous rencontrer ou à commander sur le site de la librairie plutôt que de dégainer leur téléphone pour commander sur celui dont je ne souhaite pas prononcer le nom (et non il ne s’agit pas de Voldemort, quoique… 😉  ). C’est également surprendre parfois le regard perdu d’une personne qui franchit pour la première fois le seuil, mais que nous rassurons d’un bonjour et d’un grand sourire.

Travailler dans une grande librairie, c’est tout ça et bien plus encore, mais je ne vous raconterai pas tout ici. Car j’ai bien envie d’y revenir plus tard, de lever un bout du voile de temps à autre. Ça vous dit ?

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